Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

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Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

Message par Gilbert Chevalier le Mar 5 Fév - 15:56

Paix Liturgique, dans son n°677 du 8 janvier 2019, a écrit:
MESSAINLATINO
AUX ORIGINES
D'UNE PRISE DE CONSCIENCE TRADITIONNELLE
EN ITALIE


Cette semaine nous avons demandé à Enrico de nous présenter Messainlatino, née en Italie en 2008, une année après la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum qui, manifestement, ne fut pas mieux reçu par les pasteurs de la péninsule qu’il ne le fut par les nôtres. Aussi, nos lecteurs constateront que les adversaires de la paix ont usé, au-delà des Alpes, des mêmes mauvaises méthodes que chez nous et qu’en Italie aussi il a été nécessaire de réagir pour parvenir à rétablir un commencement de paix et de justice…
(Enrico est né en 1969. Après des études de droit il s'est installé comme avocat à San Remo près de la frontière française ou il vit avec sa famille.)


Q - Pouvez-vous nous expliquer comment est né Messainlatino ?

Enrico - Je ne peux pas répondre à cette question sans revenir de nombreuses années en arrière et vous expliquer ce qu’était la situation du catholicisme en Italie avant la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum en 2007.

En France vous avez eu en quelque sorte la « chance» d’être confrontés, dès le moment du Concile, à une véritable « révolution » catéchétique, pastorale et liturgique. Cela impliqua qu’immédiatement les âmes vaillantes ont su ce qui se passait, ce qu’étaient les enjeux et comment il fallait réagir. En Italie les choses en sont allées tout autrement. La présence du Cardinal Siri à la tête morale de l’Eglise d’Italie, comme cardinal-archevêque de Gènes, a évité que se fassent de trop rapides bouleversements. Je donne l’exemple de la communion dans la main : en Italie il a fallu attendre le décès du cardinal, le 2 mai 1989, pour que la conférence des évêques d’Italie autorise cette pratique, le 15 mai de la même année, tant l’influence du cardinal était forte dans la péninsule… Cela fit que, contrairement à la France et à la plupart des pays d’Europe, il a pu apparaître qu’en Italie, pendant très longtemps, les choses ne se sont pas dégradées ou du moins ne se sont dégradées que plus lentement. Voilà pourquoi il n’y a pas eu une importante résistance aux réformes en Italie tant celles-ci n’apparurent pas clairement aux fidèles comme « révolutionnaires ».

C’est ainsi que de cette époque entre deux eaux - je suis né en 1969 - je garde un souvenir plutôt classique. Pour moi, il n’était pas rare de retrouver à l’église des chants en latin et je conserve dans mes souvenirs d’enfance les intonations de la messe des Anges ou les accents du Requiem ; mais arrivé à l’âge adulte tout cela appartenait pour moi à un passé révolu qui n’avait plus de réalité en Italie.


Q- Le motu proprio Ecclesia Dei fut-il appliqué en Italie ?

Enrico - Vous savez, les italiens ne sont révolutionnaires qu’avec l’autorisation des gendarmes… aussi la résistance aux évolutions postconciliaires, lorsqu’elles apparurent, fut-elle minime chez nous et nous sommes presque tous restés attachés à nos paroisses. Ainsi le motu proprio EcclesiaDei fut-il appliqué chez nous au sens strict de la « réintégration» de ceux que l’on considérait comme ayant plus ou moins quitté l’Eglise. Pour nous le grand cardinal Siri était aussi celui qui en 1987 avait supplié Mgr Lefebvre de ne pas procéder à ses sacres… Dans ce cadre, le motu proprio Ecclesia Dei fut seulement appliqué dans les grandes villes où se constituèrent de petites chapelles qui réunissaient des groupes de fidèles peu nombreux.


Q - Connaissiez-vous la messe traditionnelle avant 2007 ?

Enrico - En 1993 j’étais allé faire un stage d’avocat à Paris et c’est à cette occasion que j’ai découvert la messe traditionnelle à Saint-Nicolas-du-Chardonnet : pour moi ce fut une révélation car si je savais déjà intellectuellement que cette liturgie existait, je ne l’avais jamais rencontrée in vivo dans une vraie paroisse regroupant plusieurs milliers de fidèles. Mais bien que, dès cet instant, j’ai été comme qui dirait « converti » à la messe tridentine cela n’eut pas de répercussion chez moi à San Remo. Ainsi pendant des années je me suis contenté d’apprécier de temps en temps à Paris ce qui n’existait pas chez nous.


Q - Et quand survint Summorum Pontificum ?

Enrico - Comme beaucoup d’Italiens je n’avais rien fait dans ce sens avant la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum car il me semblait difficile d’aller à l’encontre des règles juridiques et canoniques en place surtout pour une personne comme moi, qui s’était lancé dans une carrière juridique. Je fus bien sur tout à fait emballé par la décision de Benoit XVI mais concrètement j’étais tout seul… Au cours de l’été 2007, en glanant sur des blogs, je réussis à trouver une personne de mon diocèse intéressée… une unique personne… qui semblait motivée par cette décision.

La situation était manifestement différente dans le diocèse voisin d’Albenga où l’évêque reçut la décision pontificale avec intérêt et bienveillance. C’est là que je me rendis, le 14 septembre 2007 - jour de la mise en application du motu proprio - à une messe célébrée dans la paroisse Saint-Sebastien d'Imperia-Artallo par don Marco Cuneo qui était alors curé de cette paroisse. La messe fut magnifique avec une assistance nombreuse et grande fut ma surprise d’y retrouver 5 personnes de mon diocèse que je ne connaissais pas. Je les entrepris pour que nous fassions aussitôt une demande de célébration « extraordinaire» à San Remo.


Q - Comment fut reçue votre demande par les fidèles de San Remo ?

Enrico - Ce fut simple pour un juriste comme moi de créer une association de demandeurs. Dès celle-ci créée, nous avions fait circuler notre demande. Ce qui m’étonne le plus, rétrospectivement parlant, ce fut le bon accueil que reçu notre demande de la part de nos amis… tous ceux que nous sollicitions acceptaient de s’y associer même si parfois cela ne signifiait pas grand-chose pour eux ; mais toujours de la sympathie. Nous n’avons cependant pas voulu recueillir de simples signatures de sympathie (j’en ai même refusé de non-pratiquants), mais seulement celles de personnes qui nous disaient vouloir participer régulièrement à la Messe ancienne et même à payer, le cas échéant, une souscription à l’association pour les exigences liturgiques. Ce qui montre que, plus que la simple tolérance, il y avait une véritable envie de revoir (pour les anciens) ou de découvrir (pour les jeunes) cette Messe dont ont parlé assez sur les journaux à l’époque du motu proprio (les choses d’Eglise, en Italie, ont encore un certain retentissement médiatique). Bien sûr, la plupart des gens ne faisait pas vraiment la différence entre une Messe en latin ordinaire (en tout cas inexistante à Sanremo) et celle vetus Ordo. Mais ils savaient intuitivement qu’il avait une ancienne forme de la prière et une nouvelle et pour la plupart leur choix était clair. C’est ainsi qu’en quelques semaines notre demande était partagée par près de 200 personnes réellement motivées par l’application de Summorum Pontificum à San Remo.


Q - Dès lors vous fut-il facile d’obtenir une célébration ?

Enrico - la réception de notre demande par les autorités religieuse fut, elle, tout à fait difficile. Le premier que je sollicitai fut naturellement un curé de la paroisse que je fréquentais à l’époque : c’était une bonne personne et j’étais presque certain qu’il comprendrait notre demande. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir presque effondré par celle-ci : « Comment se fait-il que vous demandiez ce que nous avons eu tant de mal à supprimer ? Pourquoi voulez-vous me faire revenir aux pratiques du passé ? » … Peu après, je fus sermonné par mon évêque que je rencontrai lors d’une réunion : il était prêt à tout, même à célébrer une nouvelle messe en latin, mais pas à nous accorder une messe « extraordinaire ». En même temps il nous reprochait notre démarche de solliciter des signatures comme si nous avions commis un péché…

Pourtant, nous n’étions pas des étrangers pour eux ; je faisais partie d’un groupe de jeunes mariés catholiques, un autre demandeur était l’animateur des clercs de la paroisse ; enfin presque tous ceux qui s’étaient associés à notre demande étaient des catholiques bien connus, pas du tout des extrémistes ou des étrangers…

Je compris à ce moment que l’opposition à la messe ancienne était profonde et n’était pas fondée sur une quelconque inquiétude au sujet des fidèles qui la sollicitaient mais vraiment un refus fondé sur la crainte de revenir à la foi traditionnelle de l’Eglise si l’on rétablissait son antique liturgie.

Nous trouvâmes cependant un prêtre jésuite qui accepta de nous célébrer la messe en décembre 2007. Ce fut une belle cérémonie qui réunit beaucoup de monde. Mais ce succès eut de terribles conséquences : les autorités, chagrinées par notre entreprise et son succès, firent pression sur les jésuites pour que la messe cesse et firent en sorte que père jésuite qui avait célébré la messe soit éloigné de chez nous.

Et le pire était à venir : alors que j’essayais de faire savoir tout cela sur les blogs catholiques italiens, je m’aperçus que mes propos y étaient censurés et que l’on m’empêchait de faire savoir ce qui se passait à San Remo.

C’est dans ce contexte que nous décidâmes de lancer notre propre moyen de communication, en quelque sorte Messainlatino était né.


Q - Quelle forme avez-vous donnée à Messainlatino ?

Enrico - Il nous fallut quelques mois pour donner vie à notre projet qui démarra sérieusement à la fin de l’année 2008 c’est-à-dire il y a 10 ans. Dans les premiers temps nous créâmes un site « statique» qui ne permettait pas vraiment de dialoguer avec ceux qui étaient intéressés. C’est pour cela que Messainlatino devint rapidement un blog, comme il l’est encore aujourd’hui. Ce qui nous a permis de mettre en place un espace de dialogue des plus fructueux.


Q - Quelles étaient vos intentions ?

Enrico - Nous avons bien évidement tâtonné, mais nous désirions en premier lieu faire savoir ce qui se passait à San Remo et faire partager notre expérience aux autres groupes de demandeurs de célébrations extraordinaires qui se constituaient en Italie. Petit à petit nous cherchâmes à informer nos visiteurs sur ce qui leur était caché en Italie ou ailleurs dans le monde. Comme beaucoup d’Italiens ne savent pas ce qui se passe ailleurs - et c’est aussi le cas d’un grand nombre de personnes qui travaillent au Vatican - nous connûmes rapidement une grande audience en informant le monde italien événements qui lui étaient souvent inconnus.


Q - Le Blog Messainlatino comme « lanceur d’Alertes» en quelque sorte ?

Enrico - On peut le dire comme cela car, dans le silence italien, jusqu’à maintenant l’une de nos actions la plus importante a été de diffuser en italien sur notre blog des informations que nous trouvions à l’étranger mais qui n’étaient pas connues chez nous. Je prendrais comme exemple notre post sur un religieux hollandais, c’était le supérieur des salésiens de Hollande, qui trouvait presque « normal» que des prêtres aient des rapports avec des mineurs (les lecteurs qui voudront en savoir plus pourront se reporter à notre dossier http://blog.messainlatino.it/2011/05/pedofili-salesiani-e-fieri-di-esserlo.html ). Ce type d’information eut une grande audience et fut repris par la grande presse italienne ( https://www.lastampa.it/2011/05/23/italia/la-pedofilia-nulla-di-male-bufera-sui-salesiani-olandesi-ZyJhPUhp8wjBm16Q1SaJXJ/pagina.html ), mais nous ne fîmes pas que cela.


Q- Que fîtes-vous d’autre ?

Enrico - Une autre affaire d’importance fut de participer très activement avec Paix Liturgique au sondage de 2009 qui cherchait à mesurer la question de l’attachement à la messe traditionnelle dans l’opinion catholique italienne. Je me rappelle que de bons amis qui travaillaient au Vatican avaient tout fait pour nous dissuader de réaliser cette enquête d’opinion « Nous ne sommes pas ici en France, vos résultats vont être catastrophiques ». D’une certaine façon, ils avaient raison : en Italie nous n’étions pas en France mais en Italie. Mais là où ils se trompaient ce fut qu’en Italie les résultats furent encore meilleures qu’en France car 63 % des Italiens se montraient attachés à la forme traditionnelle, c’est-à-dire deux fois plus qu’en France. Les réflexions sur ce sondage agitèrent le blog pendant longtemps et nous permirent d'accroître considérablement notre audience.


Q - Cette audience était-elle importante ?

Enrico - Eu égard aux sujets que nous proposions qui n’étaient pas très commerciaux, elle était considérable, et souvent émouvante. Je me rappelle que plusieurs jeunes hommes qui réfléchissaient sur le sujet de leurs vocations nous consultèrent pour que nous leurs donnions des informations sur les maisons qu’ils pourraient visiter pour approfondir leurs recherche dans un esprit traditionnel. Nous avons aussi, au travers de prêtres amis « participé » aux travaux de l’instruction Universæ Ecclesiæ sur l’application du motu proprio, grâce à des infos de l’intérieur du Vatican qui nous ont permis de critiquer publiquement les travaux préparatoires quand ils allaient dans une mauvaise direction, et de suggérer des normes qui à la fin ont été incluses dans le texte.


Q - Quelles particularités donneriez-vous à Messainlatino ?

Enrico - Pour nous, Messainlatino est d’abord un espace de liberté, étranger à la censure dont nous avions été l’objet. Cela eu pour conséquence que beaucoup de personnes, qui avaient à s’exprimer au sujet des questions ecclésiastiques, le firent sur Mil. Beaucoup utilisant des pseudos ne nous sont pas connues exactement mais nous savons que de nombreux ecclésiastiques profitèrent (et profitent encore) de cette opportunité pour exprimer ce qu’ils n’auraient pu dire autrement. Et puis comme nous avions lancé une œuvre d’apostolat tridentin, beaucoup se tournaient vers nous soit pour en savoir plus et y participer soit parfois pour montrer leur opposition à notre démarche. Voilà comment Mil est devenu un acteur majeur du paysage catholique italien.


Q - Avez-vous une idée de l’audience de Messainlatino ?

Enrico - Partis de quelques contacts en 2008 - entre 150 et 200 visiteurs par jour - nous constatâmes bien vite le nombre important de ceux qui était intéressés par notre amour de la liturgie traditionnelle. Aujourd’hui nous avons en moyenne 3000 visiteurs différents par jour mais lorsque nous publions un dossier plus brûlant, ce chiffre peut-être bien plus important.

Depuis quelques années nous sommes aussi sur Facebook et nous savons aujourd’hui que près de la moitié de nos visiteurs nous ont connu via Facebook.


Q - Et que proposez-vous à vos visiteurs ?

Enrico - Nous publions aujourd’hui en moyenne 4 post par jour et au moins un de ceux-ci est lié à un événement (une messe, une conférence, un pèlerinage, un colloque,…) ce qui est un lourd travail pour des bénévoles mais ce qui assure un mouvement très régulier vers notre Blog.


Q - Et combien êtes-vous pour animer Messainlatino ?

Enrico - Au début de notre aventure nous n’étions que deux. Aujourd’hui Roberto et moi sommes aidés par une dizaine de collaborateurs qui enrichissent chaque fois qu’ils en ont l’opportunité le contenu de Messainlatino. Mais notre projet d’être bientôt présents sur Instagram pour toucher un public de jeunes va exiger que nous agrégions rapidement de nouvelles bonnes volontés notamment des personnes qui pourront nous aider à traduire en italien les nombreux documents qui nous sont adressés des pays étrangers.


Q - Pensez-vous avoir contribué à faire avancer la cause de la justice en faveur de la forme extraordinaire en Italie ?

Enrico - Nous l’espérons ! Ce que je peux vous dire c’est que dans le diocèse de San Remo, où je vis avec ma famille, la situation a beaucoup évolué « en bien » depuis les épisodes terribles des années 2007/2008 que j’évoquais il y a un instant avec vous. Aujourd’hui nous avons à San Remo une quasi paroisse où nous pouvons assister à la messe non seulement le dimanche mais tous les jours et nous entretenons d’excellentes relations tant avec notre curé qu’avec notre évêque : Deo gratias !


Q - Comment peut-on aider Messainlatino ?

Enrico - En nous transmettant des informations que nous pourrons diffuser sur notre site. De notre côté nous espérons pouvoir soutenir tous ceux qui se pensent isolés, comme je croyais l’être au début, et qui souhaitent la célébration de la forme extraordinaire dans leurs paroisses. Enfin, en Italie nous recherchons comme je l’ai déjà dit des amis qui pourraient nous aider à traduire en italien les documents que nous recevons…

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2805
Gilbert Chevalier
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Re: Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

Message par Gilbert Chevalier le Lun 4 Mar - 11:01

Paix Liturgique, dans son n°680 du 29 janvier 2019 a écrit:
 BILAN 2018
DE L'APPLICATION
DU MOTU PROPRIO SUMMORUM PONTIFICUM
EN ITALIE

Marco Sgroi a présenté une importante communication sur la situation actuelle des fidèles attachés à la forme extraordinaire en Italie lors des 5ème journées Summorum Pontificum qui se sont tenues à Rome le 26 octobre 2018. Nous lui avons demandé de répondre à quelques questions pour nous éclairer sur ce sujet.

1- Marco Sgroi, pourriez-vous nous dire ce que représentait la messe traditionnelle en Italie au moment de la publication du motu proprio SP ?

Marco Sgroi - Il est assez difficile de vous répondre avec précision mais seulement d'une manière approximative car le monde de la Tradition en Italie avant le motu proprio Summorum Pontificum était très peu développé : selon moi, entre 20 et 30 messes traditionnelles régulières étaient célébrées avant le MP de 2007, mais selon des informations que m'ont fournies les animateurs de la fédération internationale Una Voce il y avait surtout des messes célébrées occasionnellement et peu ou pas de communautés organisées en dehors des grandes villes.

2 - Et quelle est la situation aujourd'hui ?

Marco Sgroi -Il m'est plus facile de vous répondre pour évoquer la situation actuelle car, comme animateur au service de la Coordination Nationale Summorum Pontificum ( CNSP ), j'ai des amis un peu partout et je puis donc vous répondre assez précisément. Pour être exact, je connais, à la fin octobre 2018, un nombre de 123 chapelles ou églises au sein desquelles se déroulent en Italie des messes selon la forme extraordinaire dans le cadre du motu proprio Summorum Pontificum. 73 de ces chapelles proposent à leurs fidèles une messe chaque dimanche et fête et 50 d'entre-elles n'offrent que des messes en semaine ou des messes dominicales irrégulières. Ce chiffre peut vous sembler faible mais au regard de ce qu'il était il y a 11 ans il est vraiment extraordinaire et représente un accroissement de plus de 270 % ! Il faut ajouter à cela les chapelles où sont célébrées des messes par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X qui, d'après mes comptages, étaient au nombre de 15 ; mais des amis m'ont informé que ce chiffre seraient aujourd’hui plutôt de l'ordre de 20.  Pour y voir plus clair, et aider les fidèles qui souhaitent les rejoindre, nous avons mis en place un site et une carte interactive pour faciliter la communication http://www.summorumpontificum.org/le-sante-messe-in-italia/. Il y a aussi un agenda, où nous publions les célébrations occasionnelles ou spéciales http://www.summorumpontificum.org/agenda/.

3 - Qui est à l'origine de cette croissance ?

Marco Sgroi -Ceux sont essentiellement les fidèles qui sont à l'origine de cet accroissement. Ceux sont eux qui, dans la plupart des cas, ont sollicité leur curé ou parfois leur évêque pour obtenir des célébrations selon l'usus antiquor. Il y a quelques cas où ce sont des prêtres eux-mêmes qui sont à l'origine de ces célébrations, mais dans ces cas ils étaient presque toujours entourés de fidèles qui le souhaitaient et donc, même dans ces cas-là, les fidèles ne sont pas étrangers à l'émergence de ces communautés.

4 - Cette progressions fut-elle facile à obtenir ?

Marco Sgroi -Cela varie d'un lieu à un autre mais, si dans certains lieux il fut assez aisé d'obtenir satisfaction, dans beaucoup d'autres les choses furent difficiles, parfois très difficiles et longues. Ce qui explique qu'aujourd'hui 50 de ces chapelles n’offrent pas encore une messe dominicale régulière alors que dans ces chapelles il y aurait partout un nombre suffisant de fidèles pour y assister.

5 - Et qui sont les desservants de ces chapelles " Summorum Pontificum" ?

Marco Sgroi -Sur les 123 chapelles que j'ai dénombrées, 15 sont desservies par des prêtres de communautés dites “ Ecclesia Dei” et 85, c’est-à-dire l'immense majorité, sont desservis par des prêtres diocésains. Ces prêtres diocésains étaient au départ parfois des prêtres qui ignoraient tout de cette liturgie. Il y eu même des prêtres qui furent nommés et agirent pour décourager les fidèles mais le temps passant la situation s'est considérablement améliorée et aujourd'hui on peut dire que presque tous les prêtres qui animent nos chapelles sont de bons prêtres bienveillants désireux de répondre loyalement à la demande des fidèles.

6 - Comment se répartissent ces 123 célébrations du nord au sud de l'Italie ?

Marco Sgroi -La grande majorité des célébrations - 96 - se déroulent au nord de Rome et seulement 27 se déroulent à Rome, au sud et dans les îles. Cette disparité s’explique pour deux raisons.
La première est que c'est d'abord dans le nord de l'Italie que des fidèles se sont regroupés pour demander et obtenir la messe alors que dans le sud le mouvement fut plus tardif.
La seconde est que, dans le nord, les évêques furent plutôt bienveillants alors que pendant longtemps les évêques du sud furent plus réticents.
Enfin il se peut que le fidèles du sud se soient montrés plus "obéissants", plus dociles, face à leurs pasteurs alors que dans le nord les fidèles furent plus naturellement frondeurs.
Mais aujourd'hui les choses sont en train de changer et je pense que dans les prochaines années la situation va s'équilibrer et être identique au nord comme au sud surtout lorsque les demandeurs "en instance" seront entendus.

7 - Y-a-t-il beaucoup de groupes de demandeurs qui n'ont pas encore obtenus satisfaction ?

Marco Sgroi -Bien sûr qu'il y en a, mais il vaut mieux ne pas les nommer pour éviter de faire obstacle à leurs demandes. Il y a aussi tous ceux qui n'ont pas obtenus "le minimum catholique", c’est-à-dire au moins la messe dominicale régulière ce qui, je le rappelle, représente 73 chapelles !

8 -Selon vous y-a-t-il un potentiel important de fidèles qui désirent assister à la messe traditionnelle en Italie ?

Marco Sgroi -C'est difficile à dire mais nous avons l'impression que plus la confusion se développe dans l’Église plus il y a de fidèles, mais aussi de prêtres et de religieux, qui se tournent vers les communautés traditionnelles. Aussi est-il vraisemblable que d'ici quelques années il y a aura des communautés Summorum Pontificum dans toutes les villes d'Italie.

9 - Vous parlez plus volontiers de communautés traditionnelles que de chapelles traditionnelles ?

Marco Sgroi -Evidemment, car les fidèles n'aspirent pas seulement à la messe mais à leur participation entière à la vie chrétienne. C'est pourquoi on voit désormais autour des chapelles se développer des cours de catéchisme et surtout tout ce dont ont besoin les fidèles : confessions, baptêmes, mariages, funérailles, confirmations, première communion et aussi de plus en plus d'écoles parentales qui souvent se créent à l'ombre des communautés qui, de ce fait, deviennent de plus en plus comme de vraies paroisses classiques.

10 - Vous avez évoqué l'abbaye de Norcia et les bénédictins de Villatella dans votre communication ?

Marco Sgroi -Oui le rôle des communautés religieuses est essentielle pour nous car les fidèles qui sont attachés à la messe traditionnelle le sont rarement pour des raisons uniquement culturelles ou esthétiques mais bien pour des raisons spirituelles et doctrinales. Or, pour ces fidèles et leurs familles qui aspirent à une plus grande vie spirituelle, la fréquentation des communautés religieuses est d'un grand réconfort et d'un grand secours.

11- Avez-vous l'impression que vos communautés génèrent de vocations sacerdotales et religieuses ?

Marco Sgroi -C'est une certitude que depuis quelques années nous voyons de plus en plus de jeunes hommes qui désirent s'engager vers le sacerdoce catholique. C'est un mouvement en pleine croissance et déjà quelques garçons ont rejoint les instituts traditionnels comme l’Institut du Christ-Roi ou la fraternité Saint-Pierre. Mais le fait qu'il n'existe pas un séminaire italien en Italie (le séminaire de Gricigliano est très important, cela va sans dire, mais il donne ses cours en français) n'a pas permis pour l'instant d’accélérer ce mouvement : ce sujet est pour nous très important et nous prions pour que bientôt cette opportunité d’accéder au sacerdoce traditionnel soit possible en Italie et en italien.

12 - Vous avez évoqué le catéchisme ?

Marco Sgroi -C'est une question essentielle : si on est catholique, on a naturellement le désir de transmettre la pleine Foi catholique à ses enfants. Or, en Italie, aujourd'hui le catéchisme est pauvre et n'enseigne pas grand-chose de la Foi et des vérités Catholique. Voilà pourquoi petit à petit nous développons au sein des communautés des groupes d'enseignement d'un catéchisme riche et complet. Il arrive même que cet enseignement d'un catéchisme traditionnel entraîne de nouvelles familles à nous rejoindre.

13 - Un mot enfin sur la coordination Nationale Summorum Pontificum

Marco Sgroi -Bien sûr que chaque groupe est un peu jaloux de ses particularités et de ses spécificités ; cela la coordination veut le respecter soigneusement. Mais le plus grand nombre des groupes italiens souhaitent, dans la confusion actuelle, pouvoir s'appuyer sur d'autres groupes aux préoccupations semblables. De plus, cela nous permet d'aider les groupes qui émergent… C'est ainsi que s'est constitué la CNSP car le sentiment général en Italie aujourd'hui est celui du désir d’appartenir à un mouvement d'ensemble, de fond, ce que nous appelons avec conviction le Peuple Summorum Pontificum.

N.B. : Marco Sgroi est né en 1963, il est aujourd'hui avocat et vit à Piacenza.
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