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Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

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Message par Gilbert Chevalier le Mar 5 Fév - 15:56

Paix Liturgique, dans son n°677 du 8 janvier 2019, a écrit:
MESSAINLATINO
AUX ORIGINES
D'UNE PRISE DE CONSCIENCE TRADITIONNELLE
EN ITALIE

Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! 20190108152404_blog_messainlatino.it

Cette semaine nous avons demandé à Enrico de nous présenter Messainlatino, née en Italie en 2008, une année après la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum qui, manifestement, ne fut pas mieux reçu par les pasteurs de la péninsule qu’il ne le fut par les nôtres. Aussi, nos lecteurs constateront que les adversaires de la paix ont usé, au-delà des Alpes, des mêmes mauvaises méthodes que chez nous et qu’en Italie aussi il a été nécessaire de réagir pour parvenir à rétablir un commencement de paix et de justice…
(Enrico est né en 1969. Après des études de droit il s'est installé comme avocat à San Remo près de la frontière française ou il vit avec sa famille.)


Q - Pouvez-vous nous expliquer comment est né Messainlatino ?

Enrico - Je ne peux pas répondre à cette question sans revenir de nombreuses années en arrière et vous expliquer ce qu’était la situation du catholicisme en Italie avant la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum en 2007.

En France vous avez eu en quelque sorte la « chance» d’être confrontés, dès le moment du Concile, à une véritable « révolution » catéchétique, pastorale et liturgique. Cela impliqua qu’immédiatement les âmes vaillantes ont su ce qui se passait, ce qu’étaient les enjeux et comment il fallait réagir. En Italie les choses en sont allées tout autrement. La présence du Cardinal Siri à la tête morale de l’Eglise d’Italie, comme cardinal-archevêque de Gènes, a évité que se fassent de trop rapides bouleversements. Je donne l’exemple de la communion dans la main : en Italie il a fallu attendre le décès du cardinal, le 2 mai 1989, pour que la conférence des évêques d’Italie autorise cette pratique, le 15 mai de la même année, tant l’influence du cardinal était forte dans la péninsule… Cela fit que, contrairement à la France et à la plupart des pays d’Europe, il a pu apparaître qu’en Italie, pendant très longtemps, les choses ne se sont pas dégradées ou du moins ne se sont dégradées que plus lentement. Voilà pourquoi il n’y a pas eu une importante résistance aux réformes en Italie tant celles-ci n’apparurent pas clairement aux fidèles comme « révolutionnaires ».

C’est ainsi que de cette époque entre deux eaux - je suis né en 1969 - je garde un souvenir plutôt classique. Pour moi, il n’était pas rare de retrouver à l’église des chants en latin et je conserve dans mes souvenirs d’enfance les intonations de la messe des Anges ou les accents du Requiem ; mais arrivé à l’âge adulte tout cela appartenait pour moi à un passé révolu qui n’avait plus de réalité en Italie.


Q- Le motu proprio Ecclesia Dei fut-il appliqué en Italie ?

Enrico - Vous savez, les italiens ne sont révolutionnaires qu’avec l’autorisation des gendarmes… aussi la résistance aux évolutions postconciliaires, lorsqu’elles apparurent, fut-elle minime chez nous et nous sommes presque tous restés attachés à nos paroisses. Ainsi le motu proprio EcclesiaDei fut-il appliqué chez nous au sens strict de la « réintégration» de ceux que l’on considérait comme ayant plus ou moins quitté l’Eglise. Pour nous le grand cardinal Siri était aussi celui qui en 1987 avait supplié Mgr Lefebvre de ne pas procéder à ses sacres… Dans ce cadre, le motu proprio Ecclesia Dei fut seulement appliqué dans les grandes villes où se constituèrent de petites chapelles qui réunissaient des groupes de fidèles peu nombreux.


Q - Connaissiez-vous la messe traditionnelle avant 2007 ?

Enrico - En 1993 j’étais allé faire un stage d’avocat à Paris et c’est à cette occasion que j’ai découvert la messe traditionnelle à Saint-Nicolas-du-Chardonnet : pour moi ce fut une révélation car si je savais déjà intellectuellement que cette liturgie existait, je ne l’avais jamais rencontrée in vivo dans une vraie paroisse regroupant plusieurs milliers de fidèles. Mais bien que, dès cet instant, j’ai été comme qui dirait « converti » à la messe tridentine cela n’eut pas de répercussion chez moi à San Remo. Ainsi pendant des années je me suis contenté d’apprécier de temps en temps à Paris ce qui n’existait pas chez nous.


Q - Et quand survint Summorum Pontificum ?

Enrico - Comme beaucoup d’Italiens je n’avais rien fait dans ce sens avant la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum car il me semblait difficile d’aller à l’encontre des règles juridiques et canoniques en place surtout pour une personne comme moi, qui s’était lancé dans une carrière juridique. Je fus bien sur tout à fait emballé par la décision de Benoit XVI mais concrètement j’étais tout seul… Au cours de l’été 2007, en glanant sur des blogs, je réussis à trouver une personne de mon diocèse intéressée… une unique personne… qui semblait motivée par cette décision.

La situation était manifestement différente dans le diocèse voisin d’Albenga où l’évêque reçut la décision pontificale avec intérêt et bienveillance. C’est là que je me rendis, le 14 septembre 2007 - jour de la mise en application du motu proprio - à une messe célébrée dans la paroisse Saint-Sebastien d'Imperia-Artallo par don Marco Cuneo qui était alors curé de cette paroisse. La messe fut magnifique avec une assistance nombreuse et grande fut ma surprise d’y retrouver 5 personnes de mon diocèse que je ne connaissais pas. Je les entrepris pour que nous fassions aussitôt une demande de célébration « extraordinaire» à San Remo.


Q - Comment fut reçue votre demande par les fidèles de San Remo ?

Enrico - Ce fut simple pour un juriste comme moi de créer une association de demandeurs. Dès celle-ci créée, nous avions fait circuler notre demande. Ce qui m’étonne le plus, rétrospectivement parlant, ce fut le bon accueil que reçu notre demande de la part de nos amis… tous ceux que nous sollicitions acceptaient de s’y associer même si parfois cela ne signifiait pas grand-chose pour eux ; mais toujours de la sympathie. Nous n’avons cependant pas voulu recueillir de simples signatures de sympathie (j’en ai même refusé de non-pratiquants), mais seulement celles de personnes qui nous disaient vouloir participer régulièrement à la Messe ancienne et même à payer, le cas échéant, une souscription à l’association pour les exigences liturgiques. Ce qui montre que, plus que la simple tolérance, il y avait une véritable envie de revoir (pour les anciens) ou de découvrir (pour les jeunes) cette Messe dont ont parlé assez sur les journaux à l’époque du motu proprio (les choses d’Eglise, en Italie, ont encore un certain retentissement médiatique). Bien sûr, la plupart des gens ne faisait pas vraiment la différence entre une Messe en latin ordinaire (en tout cas inexistante à Sanremo) et celle vetus Ordo. Mais ils savaient intuitivement qu’il avait une ancienne forme de la prière et une nouvelle et pour la plupart leur choix était clair. C’est ainsi qu’en quelques semaines notre demande était partagée par près de 200 personnes réellement motivées par l’application de Summorum Pontificum à San Remo.


Q - Dès lors vous fut-il facile d’obtenir une célébration ?

Enrico - la réception de notre demande par les autorités religieuse fut, elle, tout à fait difficile. Le premier que je sollicitai fut naturellement un curé de la paroisse que je fréquentais à l’époque : c’était une bonne personne et j’étais presque certain qu’il comprendrait notre demande. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir presque effondré par celle-ci : « Comment se fait-il que vous demandiez ce que nous avons eu tant de mal à supprimer ? Pourquoi voulez-vous me faire revenir aux pratiques du passé ? » … Peu après, je fus sermonné par mon évêque que je rencontrai lors d’une réunion : il était prêt à tout, même à célébrer une nouvelle messe en latin, mais pas à nous accorder une messe « extraordinaire ». En même temps il nous reprochait notre démarche de solliciter des signatures comme si nous avions commis un péché…

Pourtant, nous n’étions pas des étrangers pour eux ; je faisais partie d’un groupe de jeunes mariés catholiques, un autre demandeur était l’animateur des clercs de la paroisse ; enfin presque tous ceux qui s’étaient associés à notre demande étaient des catholiques bien connus, pas du tout des extrémistes ou des étrangers…

Je compris à ce moment que l’opposition à la messe ancienne était profonde et n’était pas fondée sur une quelconque inquiétude au sujet des fidèles qui la sollicitaient mais vraiment un refus fondé sur la crainte de revenir à la foi traditionnelle de l’Eglise si l’on rétablissait son antique liturgie.

Nous trouvâmes cependant un prêtre jésuite qui accepta de nous célébrer la messe en décembre 2007. Ce fut une belle cérémonie qui réunit beaucoup de monde. Mais ce succès eut de terribles conséquences : les autorités, chagrinées par notre entreprise et son succès, firent pression sur les jésuites pour que la messe cesse et firent en sorte que père jésuite qui avait célébré la messe soit éloigné de chez nous.

Et le pire était à venir : alors que j’essayais de faire savoir tout cela sur les blogs catholiques italiens, je m’aperçus que mes propos y étaient censurés et que l’on m’empêchait de faire savoir ce qui se passait à San Remo.

C’est dans ce contexte que nous décidâmes de lancer notre propre moyen de communication, en quelque sorte Messainlatino était né.


Q - Quelle forme avez-vous donnée à Messainlatino ?

Enrico - Il nous fallut quelques mois pour donner vie à notre projet qui démarra sérieusement à la fin de l’année 2008 c’est-à-dire il y a 10 ans. Dans les premiers temps nous créâmes un site « statique» qui ne permettait pas vraiment de dialoguer avec ceux qui étaient intéressés. C’est pour cela que Messainlatino devint rapidement un blog, comme il l’est encore aujourd’hui. Ce qui nous a permis de mettre en place un espace de dialogue des plus fructueux.


Q - Quelles étaient vos intentions ?

Enrico - Nous avons bien évidement tâtonné, mais nous désirions en premier lieu faire savoir ce qui se passait à San Remo et faire partager notre expérience aux autres groupes de demandeurs de célébrations extraordinaires qui se constituaient en Italie. Petit à petit nous cherchâmes à informer nos visiteurs sur ce qui leur était caché en Italie ou ailleurs dans le monde. Comme beaucoup d’Italiens ne savent pas ce qui se passe ailleurs - et c’est aussi le cas d’un grand nombre de personnes qui travaillent au Vatican - nous connûmes rapidement une grande audience en informant le monde italien événements qui lui étaient souvent inconnus.


Q - Le Blog Messainlatino comme « lanceur d’Alertes» en quelque sorte ?

Enrico - On peut le dire comme cela car, dans le silence italien, jusqu’à maintenant l’une de nos actions la plus importante a été de diffuser en italien sur notre blog des informations que nous trouvions à l’étranger mais qui n’étaient pas connues chez nous. Je prendrais comme exemple notre post sur un religieux hollandais, c’était le supérieur des salésiens de Hollande, qui trouvait presque « normal» que des prêtres aient des rapports avec des mineurs (les lecteurs qui voudront en savoir plus pourront se reporter à notre dossier http://blog.messainlatino.it/2011/05/pedofili-salesiani-e-fieri-di-esserlo.html ). Ce type d’information eut une grande audience et fut repris par la grande presse italienne ( https://www.lastampa.it/2011/05/23/italia/la-pedofilia-nulla-di-male-bufera-sui-salesiani-olandesi-ZyJhPUhp8wjBm16Q1SaJXJ/pagina.html ), mais nous ne fîmes pas que cela.


Q- Que fîtes-vous d’autre ?

Enrico - Une autre affaire d’importance fut de participer très activement avec Paix Liturgique au sondage de 2009 qui cherchait à mesurer la question de l’attachement à la messe traditionnelle dans l’opinion catholique italienne. Je me rappelle que de bons amis qui travaillaient au Vatican avaient tout fait pour nous dissuader de réaliser cette enquête d’opinion « Nous ne sommes pas ici en France, vos résultats vont être catastrophiques ». D’une certaine façon, ils avaient raison : en Italie nous n’étions pas en France mais en Italie. Mais là où ils se trompaient ce fut qu’en Italie les résultats furent encore meilleures qu’en France car 63 % des Italiens se montraient attachés à la forme traditionnelle, c’est-à-dire deux fois plus qu’en France. Les réflexions sur ce sondage agitèrent le blog pendant longtemps et nous permirent d'accroître considérablement notre audience.


Q - Cette audience était-elle importante ?

Enrico - Eu égard aux sujets que nous proposions qui n’étaient pas très commerciaux, elle était considérable, et souvent émouvante. Je me rappelle que plusieurs jeunes hommes qui réfléchissaient sur le sujet de leurs vocations nous consultèrent pour que nous leurs donnions des informations sur les maisons qu’ils pourraient visiter pour approfondir leurs recherche dans un esprit traditionnel. Nous avons aussi, au travers de prêtres amis « participé » aux travaux de l’instruction Universæ Ecclesiæ sur l’application du motu proprio, grâce à des infos de l’intérieur du Vatican qui nous ont permis de critiquer publiquement les travaux préparatoires quand ils allaient dans une mauvaise direction, et de suggérer des normes qui à la fin ont été incluses dans le texte.


Q - Quelles particularités donneriez-vous à Messainlatino ?

Enrico - Pour nous, Messainlatino est d’abord un espace de liberté, étranger à la censure dont nous avions été l’objet. Cela eu pour conséquence que beaucoup de personnes, qui avaient à s’exprimer au sujet des questions ecclésiastiques, le firent sur Mil. Beaucoup utilisant des pseudos ne nous sont pas connues exactement mais nous savons que de nombreux ecclésiastiques profitèrent (et profitent encore) de cette opportunité pour exprimer ce qu’ils n’auraient pu dire autrement. Et puis comme nous avions lancé une œuvre d’apostolat tridentin, beaucoup se tournaient vers nous soit pour en savoir plus et y participer soit parfois pour montrer leur opposition à notre démarche. Voilà comment Mil est devenu un acteur majeur du paysage catholique italien.


Q - Avez-vous une idée de l’audience de Messainlatino ?

Enrico - Partis de quelques contacts en 2008 - entre 150 et 200 visiteurs par jour - nous constatâmes bien vite le nombre important de ceux qui était intéressés par notre amour de la liturgie traditionnelle. Aujourd’hui nous avons en moyenne 3000 visiteurs différents par jour mais lorsque nous publions un dossier plus brûlant, ce chiffre peut-être bien plus important.

Depuis quelques années nous sommes aussi sur Facebook et nous savons aujourd’hui que près de la moitié de nos visiteurs nous ont connu via Facebook.


Q - Et que proposez-vous à vos visiteurs ?

Enrico - Nous publions aujourd’hui en moyenne 4 post par jour et au moins un de ceux-ci est lié à un événement (une messe, une conférence, un pèlerinage, un colloque,…) ce qui est un lourd travail pour des bénévoles mais ce qui assure un mouvement très régulier vers notre Blog.


Q - Et combien êtes-vous pour animer Messainlatino ?

Enrico - Au début de notre aventure nous n’étions que deux. Aujourd’hui Roberto et moi sommes aidés par une dizaine de collaborateurs qui enrichissent chaque fois qu’ils en ont l’opportunité le contenu de Messainlatino. Mais notre projet d’être bientôt présents sur Instagram pour toucher un public de jeunes va exiger que nous agrégions rapidement de nouvelles bonnes volontés notamment des personnes qui pourront nous aider à traduire en italien les nombreux documents qui nous sont adressés des pays étrangers.


Q - Pensez-vous avoir contribué à faire avancer la cause de la justice en faveur de la forme extraordinaire en Italie ?

Enrico - Nous l’espérons ! Ce que je peux vous dire c’est que dans le diocèse de San Remo, où je vis avec ma famille, la situation a beaucoup évolué « en bien » depuis les épisodes terribles des années 2007/2008 que j’évoquais il y a un instant avec vous. Aujourd’hui nous avons à San Remo une quasi paroisse où nous pouvons assister à la messe non seulement le dimanche mais tous les jours et nous entretenons d’excellentes relations tant avec notre curé qu’avec notre évêque : Deo gratias !


Q - Comment peut-on aider Messainlatino ?

Enrico - En nous transmettant des informations que nous pourrons diffuser sur notre site. De notre côté nous espérons pouvoir soutenir tous ceux qui se pensent isolés, comme je croyais l’être au début, et qui souhaitent la célébration de la forme extraordinaire dans leurs paroisses. Enfin, en Italie nous recherchons comme je l’ai déjà dit des amis qui pourraient nous aider à traduire en italien les documents que nous recevons…

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2805
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Message par Gilbert Chevalier le Lun 4 Mar - 11:01

Paix Liturgique, dans son n°680 du 29 janvier 2019 a écrit:
 BILAN 2018
DE L'APPLICATION
DU MOTU PROPRIO SUMMORUM PONTIFICUM
EN ITALIE

Marco Sgroi a présenté une importante communication sur la situation actuelle des fidèles attachés à la forme extraordinaire en Italie lors des 5ème journées Summorum Pontificum qui se sont tenues à Rome le 26 octobre 2018. Nous lui avons demandé de répondre à quelques questions pour nous éclairer sur ce sujet.

1- Marco Sgroi, pourriez-vous nous dire ce que représentait la messe traditionnelle en Italie au moment de la publication du motu proprio SP ?

Marco Sgroi - Il est assez difficile de vous répondre avec précision mais seulement d'une manière approximative car le monde de la Tradition en Italie avant le motu proprio Summorum Pontificum était très peu développé : selon moi, entre 20 et 30 messes traditionnelles régulières étaient célébrées avant le MP de 2007, mais selon des informations que m'ont fournies les animateurs de la fédération internationale Una Voce il y avait surtout des messes célébrées occasionnellement et peu ou pas de communautés organisées en dehors des grandes villes.

2 - Et quelle est la situation aujourd'hui ?

Marco Sgroi -Il m'est plus facile de vous répondre pour évoquer la situation actuelle car, comme animateur au service de la Coordination Nationale Summorum Pontificum ( CNSP ), j'ai des amis un peu partout et je puis donc vous répondre assez précisément. Pour être exact, je connais, à la fin octobre 2018, un nombre de 123 chapelles ou églises au sein desquelles se déroulent en Italie des messes selon la forme extraordinaire dans le cadre du motu proprio Summorum Pontificum. 73 de ces chapelles proposent à leurs fidèles une messe chaque dimanche et fête et 50 d'entre-elles n'offrent que des messes en semaine ou des messes dominicales irrégulières. Ce chiffre peut vous sembler faible mais au regard de ce qu'il était il y a 11 ans il est vraiment extraordinaire et représente un accroissement de plus de 270 % ! Il faut ajouter à cela les chapelles où sont célébrées des messes par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X qui, d'après mes comptages, étaient au nombre de 15 ; mais des amis m'ont informé que ce chiffre seraient aujourd’hui plutôt de l'ordre de 20.  Pour y voir plus clair, et aider les fidèles qui souhaitent les rejoindre, nous avons mis en place un site et une carte interactive pour faciliter la communication http://www.summorumpontificum.org/le-sante-messe-in-italia/. Il y a aussi un agenda, où nous publions les célébrations occasionnelles ou spéciales http://www.summorumpontificum.org/agenda/.

3 - Qui est à l'origine de cette croissance ?

Marco Sgroi -Ceux sont essentiellement les fidèles qui sont à l'origine de cet accroissement. Ceux sont eux qui, dans la plupart des cas, ont sollicité leur curé ou parfois leur évêque pour obtenir des célébrations selon l'usus antiquor. Il y a quelques cas où ce sont des prêtres eux-mêmes qui sont à l'origine de ces célébrations, mais dans ces cas ils étaient presque toujours entourés de fidèles qui le souhaitaient et donc, même dans ces cas-là, les fidèles ne sont pas étrangers à l'émergence de ces communautés.

4 - Cette progressions fut-elle facile à obtenir ?

Marco Sgroi -Cela varie d'un lieu à un autre mais, si dans certains lieux il fut assez aisé d'obtenir satisfaction, dans beaucoup d'autres les choses furent difficiles, parfois très difficiles et longues. Ce qui explique qu'aujourd'hui 50 de ces chapelles n’offrent pas encore une messe dominicale régulière alors que dans ces chapelles il y aurait partout un nombre suffisant de fidèles pour y assister.

5 - Et qui sont les desservants de ces chapelles " Summorum Pontificum" ?

Marco Sgroi -Sur les 123 chapelles que j'ai dénombrées, 15 sont desservies par des prêtres de communautés dites “ Ecclesia Dei” et 85, c’est-à-dire l'immense majorité, sont desservis par des prêtres diocésains. Ces prêtres diocésains étaient au départ parfois des prêtres qui ignoraient tout de cette liturgie. Il y eu même des prêtres qui furent nommés et agirent pour décourager les fidèles mais le temps passant la situation s'est considérablement améliorée et aujourd'hui on peut dire que presque tous les prêtres qui animent nos chapelles sont de bons prêtres bienveillants désireux de répondre loyalement à la demande des fidèles.

6 - Comment se répartissent ces 123 célébrations du nord au sud de l'Italie ?

Marco Sgroi -La grande majorité des célébrations - 96 - se déroulent au nord de Rome et seulement 27 se déroulent à Rome, au sud et dans les îles. Cette disparité s’explique pour deux raisons.
La première est que c'est d'abord dans le nord de l'Italie que des fidèles se sont regroupés pour demander et obtenir la messe alors que dans le sud le mouvement fut plus tardif.
La seconde est que, dans le nord, les évêques furent plutôt bienveillants alors que pendant longtemps les évêques du sud furent plus réticents.
Enfin il se peut que le fidèles du sud se soient montrés plus "obéissants", plus dociles, face à leurs pasteurs alors que dans le nord les fidèles furent plus naturellement frondeurs.
Mais aujourd'hui les choses sont en train de changer et je pense que dans les prochaines années la situation va s'équilibrer et être identique au nord comme au sud surtout lorsque les demandeurs "en instance" seront entendus.

7 - Y-a-t-il beaucoup de groupes de demandeurs qui n'ont pas encore obtenus satisfaction ?

Marco Sgroi -Bien sûr qu'il y en a, mais il vaut mieux ne pas les nommer pour éviter de faire obstacle à leurs demandes. Il y a aussi tous ceux qui n'ont pas obtenus "le minimum catholique", c’est-à-dire au moins la messe dominicale régulière ce qui, je le rappelle, représente 73 chapelles !

8 -Selon vous y-a-t-il un potentiel important de fidèles qui désirent assister à la messe traditionnelle en Italie ?

Marco Sgroi -C'est difficile à dire mais nous avons l'impression que plus la confusion se développe dans l’Église plus il y a de fidèles, mais aussi de prêtres et de religieux, qui se tournent vers les communautés traditionnelles. Aussi est-il vraisemblable que d'ici quelques années il y a aura des communautés Summorum Pontificum dans toutes les villes d'Italie.

9 - Vous parlez plus volontiers de communautés traditionnelles que de chapelles traditionnelles ?

Marco Sgroi -Evidemment, car les fidèles n'aspirent pas seulement à la messe mais à leur participation entière à la vie chrétienne. C'est pourquoi on voit désormais autour des chapelles se développer des cours de catéchisme et surtout tout ce dont ont besoin les fidèles : confessions, baptêmes, mariages, funérailles, confirmations, première communion et aussi de plus en plus d'écoles parentales qui souvent se créent à l'ombre des communautés qui, de ce fait, deviennent de plus en plus comme de vraies paroisses classiques.

10 - Vous avez évoqué l'abbaye de Norcia et les bénédictins de Villatella dans votre communication ?

Marco Sgroi -Oui le rôle des communautés religieuses est essentielle pour nous car les fidèles qui sont attachés à la messe traditionnelle le sont rarement pour des raisons uniquement culturelles ou esthétiques mais bien pour des raisons spirituelles et doctrinales. Or, pour ces fidèles et leurs familles qui aspirent à une plus grande vie spirituelle, la fréquentation des communautés religieuses est d'un grand réconfort et d'un grand secours.

11- Avez-vous l'impression que vos communautés génèrent de vocations sacerdotales et religieuses ?

Marco Sgroi -C'est une certitude que depuis quelques années nous voyons de plus en plus de jeunes hommes qui désirent s'engager vers le sacerdoce catholique. C'est un mouvement en pleine croissance et déjà quelques garçons ont rejoint les instituts traditionnels comme l’Institut du Christ-Roi ou la fraternité Saint-Pierre. Mais le fait qu'il n'existe pas un séminaire italien en Italie (le séminaire de Gricigliano est très important, cela va sans dire, mais il donne ses cours en français) n'a pas permis pour l'instant d’accélérer ce mouvement : ce sujet est pour nous très important et nous prions pour que bientôt cette opportunité d’accéder au sacerdoce traditionnel soit possible en Italie et en italien.

12 - Vous avez évoqué le catéchisme ?

Marco Sgroi -C'est une question essentielle : si on est catholique, on a naturellement le désir de transmettre la pleine Foi catholique à ses enfants. Or, en Italie, aujourd'hui le catéchisme est pauvre et n'enseigne pas grand-chose de la Foi et des vérités Catholique. Voilà pourquoi petit à petit nous développons au sein des communautés des groupes d'enseignement d'un catéchisme riche et complet. Il arrive même que cet enseignement d'un catéchisme traditionnel entraîne de nouvelles familles à nous rejoindre.

13 - Un mot enfin sur la coordination Nationale Summorum Pontificum

Marco Sgroi -Bien sûr que chaque groupe est un peu jaloux de ses particularités et de ses spécificités ; cela la coordination veut le respecter soigneusement. Mais le plus grand nombre des groupes italiens souhaitent, dans la confusion actuelle, pouvoir s'appuyer sur d'autres groupes aux préoccupations semblables. De plus, cela nous permet d'aider les groupes qui émergent… C'est ainsi que s'est constitué la CNSP car le sentiment général en Italie aujourd'hui est celui du désir d’appartenir à un mouvement d'ensemble, de fond, ce que nous appelons avec conviction le Peuple Summorum Pontificum.

N.B. : Marco Sgroi est né en 1963, il est aujourd'hui avocat et vit à Piacenza.
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Message par Gilbert Chevalier le Mer 3 Avr - 18:31

Paix Liturgique, dans son n°678 du 15 janvier 2019 a écrit:

SITUATION DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE
DANS LE MONDE
À LA FIN DE L’ANNÉE 2018



Paix liturgique a entrepris de publier chaque année un bilan du développement de la messe traditionnelle dans me monde : ce bilan que nous présentons aujourd’hui pour la première fois comprendra trois parties

- La première partie présentera la situation des célébrations dans le monde

- La seconde sera consacrée aux prêtres qui célèbrent cette liturgie

- La troisième essayera de fournir des éléments sur les fidèles qui sont favorables à ces célébrations


Nous avons demandé à Christian Marquant, qui a présenté ce travail à la 5éme journée Summorum Pontificum, qui s’est tenu à Rome le 29 octobre 2018, de répondre à nos questions


Q –Nous allons évoquer dans ce premier entretien les messes traditionnelles qui sont célébrées de par le monde : que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Christian Marquant - Avant de vous répondre je désire faire deux remarques indispensables sur la précision de ce que je vais dire.

Tout d’abord ce que nous commençons cette année n’a jamais été réalisé d’une manière aussi complète, aussi, malgré la rigueur qui a été la nôtre dans la réalisation de ce travail, il est tout à fait possible que nous ayons fait des erreurs ou oublié certains éléments.

De ce fait, nous remercions par avance toutes ceux qui le pourront de nous faire part de leurs remarques et corrections, notre désir étant de publier à la fin de l’année 2019, pour les 50 ans de la publication du nouvel Ordo Missæ un bilan plus complet et plus exact que celui que nous présentons pour 2018.

Pour revenir à votre question je ferais remarquer tout d’abord que 49 ans après la prétendue interdiction de la messe traditionnelle, celle-ci est désormais célébrées, et régulièrement, sur les 5 continents En Europe et en Amérique bien sûr mais aussi en Asie, en Afrique et en Océanie : un tel développement n’était pas même envisageable il y a un demi-siècle.


Q – Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ?

Le plus important est de constater que désormais la messe traditionnelle est célébrée régulièrement, à la fin de l’année 2018, dans plus de 80 pays distincts sans compter les provinces ou les départements d’outre-mer de pays comme la France.

Il faut cependant immédiatement faire remarquer que si la messe traditionnelle est célébrée aujourd’hui dans 80 pays ce chiffre couvre évidemment des différences flagrantes et des disparités gigantesques : comment comparer la France ou les lieux de célébrations dépassent 400 avec la Slovénie ou à notre connaissance la messe traditionnelle n’est célébrée que dans une seule église… ou bien comparer les Etats-Unis ou les célébrations sont plus nombreuses qu’en France avec le Zimbabwe !

Mais ce que nous avons voulu mettre en avant c’est la progression universelle d’un phénomène qui n’est ni une mode ni une affaire franco-française, comme on a tant aimé le répéter chez les ennemis de la paix dans la liturgie.


Q – Quelle est la situation en Europe ?

L’Europe est un cas presque unique, car de fait la messe traditionnelle y est célébrée dans tous les pays de tradition catholiques et même aujourd’hui dans de nombreux pays de tradition protestante, la liste que vous trouverez en note vous le confirmera (1)


Q – Et la situation en Amérique ?

Elle est proche de celle de l’Europe, car sur ce continent aussi la messe traditionnelle est célébrée presque partout, hormis au Venezuela, dont est bien connue la situation sociale et politique très particulière, et hormis dans un certain nombre d’Etats antillais qui, de par leur faible population, ne sont pas encore concernés (2).


Q – Et quelle est la situation de l’Afrique ?

L’Afrique est sans doute le continent le moins touché par le phénomène de la messe traditionnelle, bien que la liste des pays où elle est célébrée ne soit pas négligeable (3). Mais parler de ce continent m’amène à signaler l’œuvre missionnaire exceptionnelle et exemplaire qui y est menée par la fraternité Saint-Pie X, et qui a abouti à l’installation de foyers puissants de tradition liturgique dans des pays pauvres ou peu peuplés, qui seront bientôt, n’en doutons pas, des centres importants qui provoqueront un embrasement important dans ces régions dans les prochaines années. Et ce mouvement continue encore par de fréquents voyages missionnaires entrepris par les prêtres des prieurés africains à l’écoute des demandes, sinon importantes mais en tout cas nombreuses, qui laissent penser que d’ici 20 ans toute l’Afrique sera concernée par la liturgie traditionnelle


Q – Et l’Asie ?

L’immense Asie est le parent pauvre du monde traditionnel (4). Cela ne tient pas à la liturgie traditionnelle, mais au fait que le monde asiatique n’est que marginalement catholique avec des régions qui sont presque exclusivement de terres d’Islam ou des régions comme l’Inde ou la Chine où l’évangélisation, malgré d’énormes et très anciens efforts, n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Il n’empêche que parmi les catholiques d’Asie la messe traditionnelle se répand aussi, car elle répond à un profond désir d’affirmer en même temps sa pleine foi catholique et d’avoir un sentiment très puissant de communion avec l’Eglise universelle dans l’espace et dans le temps, ce que réalise la messe traditionnelle.


Q – Terminons par l’Océanie

C’est un continent ou la tradition liturgique est en pleine expansion (5), à la fois du fait de la présence d’un important foyer européen de cette tradition, mais aussi grâce à un mouvement d’évangélisation en expansion sous cette forme. Je pourrais reprendre pour le monde océanien ma remarque sur le remarquable travail missionnaire de la Fraternité Saint-Pie-X, qui ici se tourne vers le monde pacifique insulaire


Q – Vous avez déclaré que la liturgie traditionnelle était désormais célébrée dans 80 pays. Avez-vous l’impression que l’on arrive à une limite territoriale de ce développement ?

Il est certain qu’en Europe ou en Amérique, où presque tous les pays catholiques sont déjà touchés par le mouvement en faveur de la messe traditionnelle le développement de la liturgie traditionnelle va se faire par des croissances internes – c’est-à-dire par davantage de lieux de cultes, et par le développement d’œuvres d’écoles et souvent de séminaires – plus que par une extension vers des pays nouveaux.

En revanche, les informations dont nous disposons au sujet de l’Afrique et de l’Asie nous donnent à croire que dans les années à venir la messe traditionnelle va s’installer dans un grand nombre de pays, non encore concernés aujourd’hui mais au sein desquels des fidèles l’attendent et s’organisent déjà dans cette perspective.


Q – Que diriez-vous pour conclure ce premier entretien consacré à la messe traditionnelle dans le monde ?

Je reprendrai une affirmation qui me semble une évidence : la messe traditionnelle n’est pas une mode, mais elle est pour les catholiques latins l’expression la plus parfaite de la lex credendi, c’est-à-dire de leur Credo, spécialement en ce qui concerne le sacrifice eucharistique et la présence eucharistique. « La France, on n’a rien trouvé de mieux », disait un homme politique célèbre. Je dirais pour ma part : « Depuis cinquante ans qu’on essaye, on n’a rien trouvé de mieux que la messe traditionnelle ». Aussi n’est-il pas étonnant que de plus en plus de prêtres et de fidèles se tournent vers elle dès qu’ils le peuvent. On peut raisonnablement espérer un développement tout à fait considérable dans les toutes prochaines années


1/1- Pays d'Europe ou est célébrée la Messe traditionnelle

Allemagne, Autriche, Belgique, Biélorussie, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Le Vatican, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Monaco, Norvège, , Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Ukraine


1/2- Pays d'Europe ou n'est pas célébrée la messe traditionnelle

Albanie, Andorre, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Grèce, Iceland, Macedoine, Moldavie, Montenegro, Roumanie, Saint-Marin, Serbie


2/1 -Pays d'Amérique ou est célébrée la Messe traditionnelle

Argentine, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, Équateur,  Guatemala,  Haïti, Honduras,  Mexique, Nicaragua,  Paraguay, Pérou, République Dominicaine, Trinidad et Tobago, Uruguay, USA


2/2 - Pays d'Amérique ou n'est pas célébrée la messe traditionnelle

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Belize, Dominique, Guyana, Jamaïque, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, San Salvador,  Suriname, Vénézuela


3/1 -Pays d'Afrique ou est célébrée la Messe traditionnelle

Afrique du Sud, Bénin, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée Equatoriale, Ile Maurice, Kenya, La Réunion, Madagascar, Nigeria, Ouganda, Tanzanie, Zimbabwe


3/2 - Pays d'Afrique ou n'est pas célébrée la messe traditionnelle

Algérie, Angola, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cap Vert, Comores, Egypte, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Liberia, Libye, Malawi, Mali, Maroc, Mauritanie, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, République Centrafricaine, République de Djibouti, République Démocratique du Congo, Rwanda, São Tomé-et-Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Swaziland, Tchad, Togo,  Tunisie, Zambie


4/1 -Pays d'Asie ou est célébrée la Messe traditionnelle

Ceylan, Chine, Corée, Inde, Indonésie, Israël, Japon, kazakhstan, Malaisie, Philippines, Singapour, Taiwan


4/2 - Pays d'Asie ou n'est pas célébrée la messe traditionnelle

Afghanistan, Arabie saoudite, Arménie, Azebaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Birmanie, Bouthan, Cambodge, Emirats Arabes Unis, Géorgie, Irak, Iran, Jordanie, kirghizistan, Koweït, Laos, Liban, Maldives, Mongolie, Nepal, Népal, Oman, Ouzbekistan, Pakistan, Palestine, Qatar, Syrie, Tajikistan, Thaïlande, Turquie, Vietnam, Yemen


5/1 -Pays d'Océanie ou est célébrée la Messe traditionnelle

Australie, Fidji,  Nouvelle-Zélande ( Auxquels il faut ajouter les territoires français de Nouvelle-Calédonie et la Polynésie )


5/2 - Pays d'Océanie ou n'est pas célébrée la messe traditionnelle

Brunei, États fédérés de Micronésie, Îles Marshall, Kiribati, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Salomon, Samoa, Timor oriental, Tonga, Trinité-et-Tobago, Tuvalu, Vanuatu

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2778
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Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! Empty Re: Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

Message par Gilbert Chevalier le Mer 3 Avr - 18:45

Paix Liturgique, dans son n°682 du 12 février 2019 a écrit:

SITUATION DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE
DANS LE MONDE À LA FIN DE L’ANNÉE 2018
(Seconde partie) : LES PRÊTRES


Dans notre lettre 678, publiée le 15 janvier 2019, nous avons présenté la situation de la messe traditionnelle dans le monde. Après avoir survolé les pays de la planète ou était célébrée régulièrement la messe traditionnelle et constaté que celle-ci était désormais présente dans plus de 80 pays – sans compter les régions dépendantes d’une métropole comme la Martinique ou la nouvelle Calédonie pour la France ou Porto-Rico pour les USA – nous abordons aujourd’hui le second volet de notre enquête 2018 en nous penchant sur le nombre de prêtres qui célèbrent la messe traditionnelle dans le monde, toujours en interrogeant Christian Marquant, qui avait présenté ses réflexions à la 5ème journée Summorum Pontificum, à Rome le 29 octobre 2018.

Q- Avons-nous une idée du nombre de prêtres qui célèbrent la messe traditionnelle dans le monde ?

Christian Marquant -
C’est un sujet encore plus difficile à traiter que celui des lieux où est célébrée la messe traditionnelle même si l’on ne considère que les prêtres qui sont associés à des instituts traditionnels. En outre, nous ne disposons pour cette enquête que de statistiques souvent flottantes ou incomplètes et d’informations très superficielle à propos des prêtres diocésains, qui généralement ne souhaitent pas faire publicité de leur attachement à l’usus antiquior. C’est pourquoi, comme je l’ai fait pour le premier volet de cette enquête je remercie par avance tous ceux qui nous aideront à corriger et améliorer nos informations


Q - Mais l’on dispose de données assez précises concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ?

Christian Marquant -
En effet, c’est une institution qui publie des statistiques assez précises (1). Selon celles-ci, les prêtres attachés à la FSSPX seraient d’environ 660 à la fin de l’année 2018. Il est cependant plus difficile d’apprécier le nombre de prêtres appartenant aux groupes religieux rattachés à la FSSPX comme les capucins de Morgon, les bénédictins de Bellaigue, la Fraternité de la Transfiguration et de nombreux autres, dont nous connaissons l’existence mais pas toujours le nombre de prêtres qui s’y trouvent. On peut avancer prudemment le chiffre total de 50 prêtres « alliés » de la FSSPX. Mais à ce groupe d’environ 710 prêtres, il faut joindre les prêtres dits de la « Résistance » qui, bien qu’ils n’appartiennent plus à la FSSPX gravitent encore dans le même univers. Pour ce groupe le chiffre de 50 prêtres parait raisonnable. Aussi, peut-on sérieusement considérer que l’ensemble de ce groupe réunit actuellement environ 760 prêtres.


Q - Et pour les communautés que l’on appelle encore Ecclesia Dei ?

Christian Marquant -
Là aussi certains éléments sont simples à connaitre ; d’autres le sont moins. En effet, si les grands instituts Ecclesia Dei donnent volontiers des chiffres, il existe de plus petits groupes pour lesquels les données sont plus difficiles à connaître.
Ainsi, l’on sait que la Fraternité Saint-Pierre réunissait un peu plus 300 prêtres à la fin 2018, que l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre en comptait 112, que l’Institut du Bon Pasteur en avait 45 et que l’Administration Saint-Jean Marie Vianney en compte 35. Cela donne un premier total d’environ 500 prêtres. Si le reste des prêtres de la nébuleuse ED étaient une centaine, chiffre que je considère comme sérieux, nous aurions donc un total d’environ 600 prêtres pour cette mouvance.


Q - Intégrez-vous les religieux traditionnels dans ce calcul ?

Christian Marquant -
Les instituts Ecclesia Dei entrent en fait dans la catégorie des prêtres non séculiers, c’est-à-dire religieux. Mais votre question vise, je pense, les monastères notamment bénédictins attachés à la messe traditionnelle comme Fontgombault, Clear Creek ou Norcia (et bien d’autres !), qui sont de fondation antérieure à 1988 (ou qui sont responsables de communautés traditionnelles crées avant ou après cette date. Je pense à Riaumont ), et ont toujours été indépendants de l’ex-Commission ED, sauf pour le règlement de questions liturgiques. Il n’est pas déraisonnable d’estimer qu’ils réunissent environ 130 prêtres dans le monde.
Ainsi, la mouvance « officielle » regroupent les prêtres de communautés ED et religieux de liturgie traditionnelle, compterait environ 730 prêtres (600 ED + 130 religieux non ED ).


Q - Vous estimez-donc que l’ensemble du monde traditionnel réunirait plus de 1400 prêtres ?

Christian Marquant -
Oui, si nous parlons toujours des prêtres appartenant à des instituts « spécialisés » dans la messe traditionnelle, et non des prêtres diocésains qui la célèbrent. Si donc, l’on ajoute les 760 prêtres du monde SPX et les 730 prêtres du monde traditionnel « officiel », on arrive à près de 1500 prêtres. Vous noterez que les deux « familles » traditionnelles réunissent aujourd’hui un nombre équivalent de prêtres.


Q - Y voyez-vous une signification ?

Christian Marquant -
La signification la plus évidente est cette vitalité remarquable du monde traditionnel. Elle paraît même considérable, si on compare, au moins en Occident, la « fécondité » du monde extraordinaire à celle du monde ordinaire. « Fécondité » entendue ici comme le rapport entre le nombre de fidèles qui pratiquent telle liturgie et le nombre de prêtres qu’ils « engendrent » : En Occident, ce « taux de fécondité » est dramatiquement faible dans le forme ordinaire, alors qu’il est à peu près semblable aux chiffres d’avant le Concile dans la forme extraordinaire. En France, selon les évaluations les plus basses : 1% des lieux de cultes français sont voués au culte traditionnel ; le nombre des pratiquants est d’au moins 5% de l’ensemble des pratiquants, mais d’un âge moyen nettement plus bas que la moyenne ; et ils « enfantent » chaque année entre 15 à 20 % des prêtres assimilables à des prêtres diocésains (en 2107 : 22 ordinations sacerdotales pour la messe traditionnelle ; 84 pour la messe nouvelle).

On remarque aussi que la dynamique de la FSSPX ne s’est pas ralentie depuis 1988 – date de la création de la Commission ED et des premières érections d’instituts ED. Quant au développement des instituts ED et alii, il  a cru sans discontinuer. Non seulement, donc, personne n’a souffert de la concurrence, mais tout s’est passé comme si le développement d’une « offre » plus variée avait accru la « demande », la manifestation des vocations. Vous me pardonnerez d’user de ces termes triviaux, s’agissant de cette réalité surnaturelle qu’est l’appel du Seigneur, mais celui-ci s’incarne, comme toutes les choses d’Église, dans une réalité d’ordre sociologique.


Q - Mais vous ne réduisez pas le nombre des prêtres attachés à la liturgie traditionnelle aux instituts « spécialisés » ?

Christian Marquant -
Pas du tout. J’insiste au contraire sur ce fait : notre enquête montre qu’à côté des prêtres appartenant à des institutions traditionnelles, il existe un nombre considérable et en pleine croissance de prêtres diocésains ou religieux qui sont très attachés à la messe traditionnelle qu’ils connaissent et célèbrent.


Q - Comment pouvez-vous appréhender numériquement cet univers ?

Christian Marquant -
Nous sommes là au cœur de la difficulté de notre recherche mais il n’est pas impossible d’y voir clair à défaut d’y voir avec précision. Nous avons plusieurs pistes croisées pour le tenter :

A – Les célébrants de messes Summorum Pontificum dans les diocèses ;
B – Les prêtres membres des associations sacerdotales ;
C – Les prêtres qui ont appris à célébrer la messe traditionnelle ;
D – Les nombreux contacts sur le terrain qu’a noués Paix liturgique.


Q - Qu’appelez-vous les célébrants de messes Summorum Pontificum ?

Christian Marquant -
Le plus grand nombre des messes célébrées en vertu du motu proprio Summorum Pontificum selon l’usus antiquior ne le sont pas par des prêtres Ecclesia Dei mais par des prêtres diocésains ou par des religieux qui n’appartiennent pas à des instituts traditionnels.

A titre d’exemple, je vous renvoie à notre entretien avec Marco Sgroi (notre lettre 680, publiée le 29 janvier 2018), qui indique précisément qu’en Italie 83 % des messes SP sont célébrées par des diocésains, ce qui en dit long sur la face cachée de la tradition. Or, comme l’indique très justement Marco Sgroi, si dans un premier temps nombreux furent les prêtres en charge de ces célébrations qui ne le souhaitaient pas, voire même qui acceptèrent cette mission pour torpiller l’émergence de ces communautés de fidèles, cela n’est plus que marginal aujourd’hui : les prêtres qui disent la messe traditionnelle le font très volontiers.

Et ceci s’observe dans presque toutes les régions atteintes par le phénomène SP.

On peut estimer que ces prêtres sont plus de 200 en Italie, plus de 250 en France, plus de 150 en Angleterre, etc.


Q - Qu’entendez-vous par sociétés sacerdotales ?

Christian Marquant -
Je pense, pour la France, à l’Opus sacerdotale, qui depuis très longtemps réunit des prêtres pour la plupart diocésains, en majorité attachés à la messe traditionnelle, qui profitent de cette appartenance pour se ressourcer dans cette esprit à l’occasion de retraites ou de sessions diverses. Je peux citer, en Italie, l’Amicizia Sacerdotale Summorum Pontificum.

Nos contacts avec ces associations, ou avec d’autres groupes plus discrets, nous fournissent un second indice du nombre de prêtres attachés, sur une région, à la messe traditionnelle même si il est évident que cette seconde piste recoupe largement la première.


Q - Vous évoquez également le cas des prêtres non traditionnels qui désirent apprendre à célébrer la messe traditionnelle ?

Christian Marquant -
Oui, c’est un phénomène connu même si les maisons liées à la FSSPX ou au monde traditionnel « officiel », qui participent à ce mouvement, agissent en toute discrétion. Mais on sait que, depuis le motu proprio de 2007, plusieurs milliers de prêtres ont suivis ce type de formation. Nous connaissons aux Etats-Unis une maison qui déclare avoir enseigné la célébration de l’usus antiquior à plus de 1000 prêtres américains.


Q - Vous parlez aussi de vos contacts ?

Christian Marquant -
Nous avons aussi des contacts directs avec des prêtres européens et des contacts indirects via nos amis étrangers. Je peux affirmer qu’il y a encore aujourd’hui de très nombreux prêtres qui ne sont pas libres d’afficher leur attachement à la messe traditionnelle dans leurs paroisses ou leurs diocèses. Ils craignent toujours des sanctions ou en tout cas des ennuis divers. Il y a ainsi un nombre non négligeable de prêtres « dissidents », si je peux employer cette analogie forte, dont les confrères qui les entourent ignorent leurs préférences liturgiques qu’ils vivent parfois en cachette !


Q - Parvenez-vous à faire une synthèse à partir de ces diverses pistes de recherche ?

Christian Marquant -
C’est difficile. Je vais me borner à vous donner un chiffre, a minima, de 3000 prêtres qui dans le monde sont attachés à l’usus antiquior, même si je pense qu’ils sont plus de 5000. Notre « Bilan 2019 » que nous publierons en décembre prochain le démontrera sans aucun doute.


Q - Ce chiffre de 3000 est déjà très important !

Christian Marquant -
J’avance ces chiffres avec prudence. Une chose est certaine : si le monde sacerdotal traditionnel organisé est un élément essentiel pour l’existence de la liturgie traditionnelle, celui des prêtres séculiers et religieux, qu’ils soient visiblement ou non attachés à l’usus antiquior, représente déjà un groupe considérable, au moins  deux fois plus important que celui parfaitement quantifiable dans les univers SPX et ED. Ces derniers ont été et sont encore les mainteneurs de la liturgie tridentine. Les autres représentent son avenir, dans la perspective d’un relèvement de l’Eglise, lorsqu’elle sortira de la crise qui l’afflige.


Q - Mais que représentent ces prêtres par rapport à l’ensemble des prêtres de l’Église ?

Christian Marquant -
Les dernières statistiques du nombre de prêtres catholique qui nous ont été données par l’Office des statistiques du Vatican en 2018 (2) concernent l’année 2016. Le chiffre révèle que l’ensemble des prêtres catholiques latins ou orientaux est de 414 467. Nos 4 500 prêtres attachés à la messe traditionnelle ( 1500  prêtres «  Tradis » auxquels s’ajoutent les  3000 « Diocésains et réguliers » )  représentent donc au moins 1,1 % du clergé catholique mondial (ou plus, si on ne considérait que les prêtres latins, puisqu’il s’agit de liturgie latine, et si on ne considérait que les prêtres actifs) qui pourrait être resté ou redevenu tridentin, ce qui est loin d’être ridicule si l’on considère que cette identité a été longtemps interdite et reste largement persécutée. Et pourtant, elle est en croissance…
( 2 ) Annuaire statistique de l’Eglise 2016 , Libreria Editrice Vaticana , 2018 – Voir la page 80

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2812
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Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! Empty Re: Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

Message par Gilbert Chevalier le Mer 3 Avr - 20:01

Paix Liturgique, dans son n°684 du 26 février 2019 a écrit:

PLUS DE 100 MILLIONS DE FIDÈLES CATHOLIQUES
DANS LE MONDE
SOUHAITENT VIVRE LEUR FOI CATHOLIQUE
AU RYTHME DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE
-
SITUATION DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE
DANS LE MONDE A LA FIN DE L’ANNÉE 2018 :
LES FIDÈLES


Après avoir constaté que la Messe Traditionnelle était désormais célébrée dans près de 80 pays et démontré que plus de 4500 prêtres catholiques célébraient la messe selon l’usus Antiquor nous abordons dans cette lettre la question du nombre de fidèles catholiques qui,  dans le monde , sont attachés à la liturgie traditionnelle de l’Église. Nous avons demandé à Christian Marquant de nous présenter les résultats de l’enquête qu’il a communiqué lors des journées Summorum Pontificum de Rome le 26 octobre 2018


Q– Nous allons aborder, dans cette troisième partie de notre bilan, la question des fidèles attachés à la messe traditionnelle

CM –
Pour répondre à cette question il va nous falloir suivre le cheminement qui a été le nôtre du temps d’Oremus à aujourd’hui. Rappelons qu’il y a 30 ans les autorités ecclésiastiques ne voulaient pas reconnaitre que nous existions réellement… De ce fait, il nous a fallu mettre en œuvre une réflexion et des moyens qui, en plus de trois décennies, nous ont permis d’estimer justement aujourd’hui le nombre de fidèles catholiques qui dans le monde sont attachés à la liturgie traditionnelle.Tout d’abord, il nous a fallu réfléchir pour obtenir une réponse satisfaisante pour la France… et le reste du monde a suivi !


Q – Comment avez-vous procédé ?

CM – Nous avons dans un premier temps fait sur la France l’inventaire du nombre de messes traditionnelles afin d’établir le nombre de fidèles qui y assistent.

Q – Vous obtenez ainsi le nombre exact des fidèles pratiquant la forme extraordinaire ?

CM –
Non, mais seulement un premier chiffre. Vous savez que la messe traditionnelle est très peu célébrée par rapport à la messe selon la forme ordinaire. Cela est vrai pour la France mais encore plus vrai dans de très nombreux pays. De ce fait, de très nombreux fidèles éloignés des chapelles traditionnelles ne peuvent assister à ces célébrations qu’irrégulièrement. De plus, désormais, beaucoup de catholiques, même attachés à la messe traditionnelle, ne pratiquent pas tous les dimanches, soit parce qu’ils sont influencés par le laxisme ambiant, soit au contraire parce qu’ils préfèrent ne pas assister à la messe et la lire dans un missel, quand ils ne peuvent assister à la messe ancienne, la nouvelle leur étant trop difficile à supporter. Il faut donc corriger le noyau de fidèles comptabilisés un dimanche en tenant compte de ces deux paramètres.


Q – Les desservants ont–ils conscience de cela ?

CM –
Bien sûr ! Même si tous ne savent pas bien l’appréhender. Pour moi, si l’on tient compte des éléments que j’ai évoqués, le total des pratiquants d’un dimanche donné doit être multiplié en moyenne par 3 si l’on veut mesurer le nombre réel de pratiquants attachés à une chapelle donnée. Surtout si l’on veut tenir compte des pratiquants très irréguliers qui ne vont à l’église que pour les très grandes fêtes comme Noël et Pâques ou bien pour les Rameaux qui interpellent encore de nombreux semi pratiquants.


Q – Combien cela fait–il pour un pays comme la France ?

CM –
Si l’on estime qu’il y a en France environ 450 chapelles où est célébrée la messe traditionnelle et que l’assemblée moyenne y est  de 150 fidèles nous avons une base  de pratiquants présent d’au minimum de 67 500 fidèles pour un dimanche ordinaire.


Q – C’est ce chiffre que vous corrigeriez ?

CM –
Bien sûr ! En lui appliquant le multiplicateur 3 – c’est–à–dire que si l’on estime que chaque dimanche se sont 67 500 fidèles qui assistent à une messe traditionnelle en France il est légitime de penser que les pratiquants de ces chapelles représentent un minimum de 200 000 fidèles catholiques.


Q – C’est assez peu.

CM –
Oui c’est peu eu égard au 40 millions de français qui se déclarent catholiques, mais n’oublions pas que parmi ces 40 millions seulement environ 2,4 millions peuvent être considérés comme des pratiquants « réguliers » selon des critères proches de ceux que nous avons retenus pour obtenir le nombre des pratiquants « tradis » en France. Cela signifie que nos 200 000 fidèles qui fréquentent la liturgie traditionnelle pourraient représenter aujourd’hui environ 8 % des pratiquants français ce qui est loin d’être ridicule.

Mais l’on ne peut en rester là et c’est pourquoi on ne peut se contenter de ce type de comptage. En effet, dans mon propos précèdent, j’indiquais que le nombre de chapelles où est célébrée la messe traditionnelle est si modeste que nous devons tenir compte non pas seulement des fidèles qui assistent aux messes « extraordinaires » mais aussi de ceux qui le souhaiteraient mais ne peuvent normalement le faire.


Q – Il existe pourtant aujourd’hui des moyens de transport qui rendraient cette participation possible par tous

CM –
En théorie vous avez raison mais seuls quelques rarissimes fidèles, que l’on pourrait assimiler à des héros, peuvent faire ce choix. L’immense majorité des fidèles attachés à la messe traditionnelle sont des femmes et des hommes certes motivés mais qui, pour des raisons multiples – âge, familles nombreuses, faibles moyens financiers, obligations familiales ou sociales, etc. –  ne peuvent pas raisonnablement faire ce choix. Une part d’entre eux, aussi, sont des « Silencieux de l’Église ».


Q – « Silencieux de l’Église » : qu’est–ce à dire ?

CM –
Ces « Silencieux » sont ces catholiques qui ne se sentent pas à l’aise avec les innovations imposées dans l’Église depuis 50 ans en matière catéchétique ou liturgiques. Ils n’ont pas l’habitude de contester ou de s’exprimer auprès de leurs autorités et ils se contentent de suivre en traînant les pieds et en attendant des jours meilleurs qui verront, ils l’espèrent, les choses du culte davantage en harmonie avec leur instinct spirituel et doctrinal, qui est à mon sens l’instinct de la foi.


Q – Mais alors ces Silencieux ne s’expriment jamais ?

CM –
Ils ne s’expriment plus, ou pas très fort, et pour cause. Chaque fois que j’ai approché certains de ces fidèles, j’ai constaté qu’au début des innovations, dans leurs paroisses, ils ont fait savoir à leur curé leurs souhaits et leurs désagréments, mais que, dans la mesure où le plus souvent ils ont été violemment rabroués comme des tenants du passé, des rétrogrades, des nostalgiques, ils ont le plus souvent préférés se taire… ou partir.


Q – Vous croyez que la chute de la pratique religieuse vient de cela ?

CM –
Ce serait tout à fait exagéré de réduire le phénomène de la chute de la pratique religieuse en Occident à ce seul motif. La principale raison, selon l’historien Guillaume Cuchet, est dans le sentiment généralisé que le Concile avait effacé tout devoir absolument obligatoire de la vie des catholiques. Mais il y a eu aussi un aspect de désamour des fidèles envers leur Eglise depuis le Concile, notamment envers le bâtiment-église : un autre historien, Luc Perrin, a montré à quel point les bouleversements de l’espace cultuel avait décontenancé les fidèles pratiquants. Il est par ailleurs notoire qu’un nombre non négligeable de catholiques ont cessé de pratiquer, en fuyant la révolution liturgique, parce qu’on leur avait « changé la religion ». En vérité, tous ces motifs se recoupent : le clergé conciliaire, de haut en bas, a voulu imposer une nouvelle manière de prier et de croire, ce qui, en dehors du jugement de fond qu’on peut porter sur cette novation, n’a pas du tout fonctionné du côté des fidèles. Était-ce une hérésie ? C’est bien possible. En tout cas, c’est indiscutablement un échec total avec une pratique religieuse  réduite désormais à moins de 2% des baptisés en France  !


Q – Mais, pardonnez-moi d’insister, comment pouvez–vous mesurer l’importance de fidèles silencieux qui par définition ne s’expriment pas ?

CM –
Ils ne s’expriment pas très fort, mais ils s’expriment, surtout si on leur en donne l’occasion. Depuis les années 70 en France, c’est–à–dire depuis l’imposition brutale de la réforme liturgique dans nos paroisses, nous avons eu plusieurs occasions de rencontre, voire de mesurer ce désamour.

En fait, ce terme de « Silencieux » avait été inventé par Pierre Debray, un homme épatant, un converti et un tribun magnifique, qui avait donné à son mouvement le nom de « Silencieux de l’Église ». Pierre Debray, quant à lui, parlait très fort à la place des autres ! Il avait réuni une « Assemblée des Silencieux de l’Eglise », à Versailles, en novembre 1970, dont le succès eut du faire réfléchir les spécialistes en sociologie religieuse. Mais ceux-ci restèrent longtemps aveugles, malgré tous les signaux qu’ils pouvaient détecter.

Notamment celui-ci : en 1976, au milieu d’un été où l’on parlait beaucoup de Mgr Lefebvre qui venait d’être frappé par une première sanction, le quotidien de Lyon, Le Progrès, commandita un sondage d’opinion à l’organisme Ipsos au sujet de cette « Affaire Lefebvre ». Les résultats furent assez extraordinaires – nous allons d’ailleurs republier l’intégralité de ce sondage historique dans une prochaine Lettre de Paix Liturgique. J’en retiens ici deux éléments :

- 28 % des catholiques sondés approuvaient la décision de Mgr Lefèvre d’ordonner des prêtres sans mandat romain.

- Et surtout, 48 % des catholiques pratiquants estimaient que « L’Église d’aujourd’hui, à force de réforme, était allée trop loin » …

Le Cardinal Renard, archevêque de Lyon à l’époque, interrogé par les journalistes du Progrès s’avouait surpris pas ces chiffres. Mais à notre connaissance cela n’eut pas pour effet pour nos évêques d’entreprendre d’autres enquêtes, ou encore de créer une commission au sein de la conférence épiscopale de France. A l’époque, de toute façon, les responsables ecclésiastiques étaient incapables de voir cette réalité : ils savaient eux, et eux seuls, ce qui était bien pour l’Église et pour les chrétiens, et rien n’aurait pu les détourner de leur grand dessein réformateur.

Vous comprendrez que notre désir, tout au contraire, était grand d’essayer d’en savoir plus sur ces « Silencieux » que nous côtoyions souvent et d’essayer de le mesurer au début du troisième millénaire, 35 ans après la fin du concile.


Q – Qu’avez–vous fait ?

CM –
D’autres sondages. C’est en effet dans ce conteste qu’Oremus – Paix Liturgique s’est lancé dans l’aventure de ses sondages. Rappelons néanmoins que c’est un domaine qui nous était étranger et que nous n’avions de cette pratique aucune expérience. De plus cette aventure s’avérerait très couteuse, certains amis allaient jusqu’à nous dire de ne pas nous y aventurer car le principe même des sondages aurait été malsain… (alors que cette méthode est celle communément utilisé par nos adversaires).

C’est donc en 2001 que nous franchîmes le Rubicon – le terme est à peine exagéré, compte tenu des résultats époustouflants que nous avons recueillis, à long terme, un véritable coup d’État, ou coup d’Église – et que nous engageâmes notre premier sondage en France auprès d’Ipsos. Puis nous avons renouvelé l’expérience en France en 2006 et en 2008, au moment de la venue du Pape Benoit XVI en France, en sollicitant les deux fois les services de CSA.

N’entrons pas ici dans les détails. Ceux–ci sont rapportés dans nos livrets que tous peuvent nous demander. Restons aux résultats. Notons tout d’abord que les résultats des trois sondages sont globalement identiques, ce qui indique une grande stabilité des positions.
Je ne signalerais ici que 3 chiffres parmi les résultats :
   
- a/ En gros 30% des catholiques pratiquants iraient volontiers à la messe « extraordinaire », si celle–ci était célébrée dans leurs paroisses.
- b/ Les deux tiers des catholiques trouvent normale la cohabitation des deux formes du rite dans leur paroisse.
- c/ Les opposants à cette pluralité liturgique (c’est-à-dire à la reconnaissance du droit de cité à la forme traditionnelle)  représentent moins d’un tiers des catholiques), alors qu’ils tiennent encore les rênes des paroisses et des structures du catholicisme français, s’opposant puissamment à des mesures d’apaisement.


Q – Quelle leçon tirez–vous de ces résultats ?

CM –
Le résultat le plus important est que l’on peut désormais  compter ces « Silencieux » : ce sont finalement ces 30% des paroissiens qui désirent assister à la messe traditionnelle DANS LEURS PAROISSES.

Chiffres qui, si nous les reportons à la méthode de la mesure des fidèles traditionnels par rapport à la pratique constatée, fait que ce ne sont plus 200 000 fidèles qui sont attachés à la messe traditionnelle en France mais au moins 25 % des catholiques de France soit au moins une dizaine de millions de Français ! Ce qui change tout.


Q – Comment en êtes–vous venu à mettre en œuvre des Sondages hors de France ?

CM–
Nous en avions assez d’entendre les ennemis de la Paix nous rebattre les oreilles en affirmant que le phénomène traditionnel était une affaire strictement franco–française. Car nous savions par nos amis d’Italie et d’ailleurs que ce mouvement était dynamique dans la plupart des pays du monde catholique. Nous étions à ce moment en relation avec nos amis du blog italien « Messainlatino»* à qui nous avons proposé de lancer un sondage similaire en Italie.

Il faut dire que, en dehors de « Messainlatino » bien sûr, l’ensemble de nos amis en Italie cherchaient à nous dissuader, nous affirmant que leur pays n’était pas la France et que les résultats y seraient mauvais voir catastrophiques… Bref, un vrai syndrome de Stockholm !

Nous lançâmes néanmoins une enquête d’opinion en 2009, en partenariat avec nos amis de « Messainlatino », auprès de l’institut Doxa. Je passe les détails … Les résultats furent encore meilleures qu’en France :

- 71 % des italiens « Trouvaient normal la célébration des deux formes du rite dans leurs paroisses » ;
- et plus de 60% des catholiques pratiquants affirmaient souhaitaient assister à la messe traditionnelle DANS LEUR PAROISSE.


Q – C’est alors que vous avez décidé de poursuivre cette campagne ?

CM –
En effet, et seuls les aspects économiques nous interdirent de le faire rapidement. Néanmoins, entre 2010 et 2017 nous fîmes réaliser des sondages semblables dans 7 pays, à savoir en Allemagne, au Portugal et en Grande–Bretagne en 2010, puis en Suisse et en Espagne en 2011, enfin en Pologne et au Brésil en 2017.


Q – Pour quels résultats ?

CM –
Pour des résultats identiques, parfois meilleurs qu’en France, JAMAIS MOINS BONS.

Par exemple, dans le très sinistré, liturgiquement parlant, Portugal, les résultats furent extraordinaires (30 % des catholiques pratiquants assisteraient volontiers CHAQUE SEMAINE A LA LITURGIE TRADITIONNELLE et 25% de plus au moins une fois par mois…).
Vous pouvez retrouver tous les détails de ces enquêtes dans nos livrets…

Le résultat, au total, le plus spectaculaire est que dans les 10 pays où nous avons effectué des sondages l’on trouve un minimum de 25 % des fidèles qui souhaiteraient vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle dans leurs paroisses.


Q – Qu’est–ce que cela signifie ?

CM –
Concrètement cela signifie que de par le monde 25 % des catholiques ont un attrait pour la liturgie traditionnelle, qu’ils ne connaissent généralement que par des contacts épisodiques ou par ouï-dire, et qu’ils sont très insatisfaits de la liturgie qu’on leur sert, si vous permettez l’expression.

Or, si l’on s’en tient au statistiques du Vatican, les catholiques latins sont aujourd’hui 1 299 000 000 de fidèles**. L’on pourrait estimer qu’un quart d’entre eux constituent en puissance le peuple Summorum Pontificum.

Même si l’on ne retenait qu’une fraction de ce chiffre en le réduisant à 10 % nous aurions sur la planète au minimum 130 millions de catholiques qui attendraient de manière plus ou moins expresse qu’on leur donne une liturgie « comme avant » ou, s’ils sont mieux informés, que leurs pasteurs appliquent le motu proprio proclamé par Benoit XVI le 7 juillet 2007.


Q – Mais ne croyez–vous pas que cet attrait ne concerne que les fidèles de la vielle Europe ?

CM –
Détrompez-vous, ils sont plus catholiques que nous ! En 2017 nous avons réalisé en dehors de la vieille Europe un sondage au Brésil dont les résultats sont plus favorables envers la messe traditionnelle que ceux qui se sont révélés en France.

Mais votre interrogation est aussi la nôtre : c’est pour cela que nous venons de commanditer un sondage en Corée, l’admirable Corée catholique, dont nous publierons bientôt les résultats. Je peux déjà vous dire qu’ils sont aussi bons que ceux entrepris en Europe ou au Brésil. Ce qui nous permet d’affirmer clairement que notre approximation mondiale n’est pas infondée et qu’il serait erroné de ne vouloir l’appliquer qu’à la vielle Europe. C’est le monde entier qui attend un renouveau liturgique !


Q – Avez–vous l’intention de poursuivre vos sondages ?

CM –
Oui, si la Providence nous aide à trouver de généreux donateurs qui nous le permettront. En moyenne un sondage du type de ceux évoqués ci–dessous nous reviennent à 7500€. Déjà, nous avons lancé (à la demande du Cardinal Raymond Burke) un sondage aux États–Unis. Nous prévoyions au moins un sondage au Mexique, un autre en Asie…

Il y a aussi les pays où la situation économique rend difficile la réalisation de sondage. Je pense notamment à la plupart des pays d’Afrique. Aussi avons–nous le projet de réaliser des voyages missionnaires vers les pays où la messe traditionnelle n’est pas encore présente, mais où nous avons l’intuition que des « silencieux » attendent.


Q – Ces voyages missionnaires sont–ils pour vous encore un projet ou une prochaine réalité ?

CM –
Nous avons déjà entrepris plusieurs voyages de ce type, que nous présenterons dans de futures lettres. Je vais vous donner un exemple. En janvier 2018, nous avons réalisé une mission d’exploration en Angola, un pays où aujourd’hui n’est pas célébrée la messe traditionnelle (n’est plus célébrée plutôt , car elle l’était jadis). Je peux vous dire que nous avons trouvé dans ce pays de nombreux fidèles et des prêtres qui aspirent à cette célébration. Nous avons découvert que la Fraternité Saint–Pie X avait l’intention de s’y installer prochainement… Bien évidement nous aiderons ces Angolais à pouvoir bénéficier de la messe traditionnelle et nous espérons que ce pays fera partie dans notre Bilan 2019 des pays où est célébrée la messe extraordinaire.


Q – En Conclusion ?

CM –
Saint Thomas dit que tout homme venant dans le monde est ordonné à l’Église. C’est pourquoi tout chrétien doit être un missionnaire. Parlant de liturgie, je dirais que, de manière plus directe, tous les catholiques romains ont nécessairement – s’ils sont encore catholiques – la nostalgie de la liturgie romaine dans sa plénitude.

Plus concrètement encore, les fidèles qui aspirent à la liturgie traditionnelle ou qui lui sont attachés sont certainement plus de 100 millions sur la planète. J’exagère ? Croyez-moi : les lunes conciliaires sont de plus en plus vieilles, et l’on pourrait bientôt voir dans l’Église des « retours » étonnants. En tout cas, vous verrez que dans les dix ans à venir la messe traditionnelle sera célébrée dans tous les pays qui possèdent une communauté catholique latine. Par conséquent, la question immédiate qui se pose n’est donc pas celle de savoir combien sont les fidèles « silencieux » de par le monde, mais comment nous allons, nous tous, prêtres et laïcs, parvenir à aider ces prêtres et laïcs, nos frères, qui se disposent à en vivre pour leur plus grand bien spirituel et doctrinal et la plus grande Gloire de Dieu.

* Voir notre lettre 677 MESSAINLATINO AUX ORIGINES D'UNE PRISE DE CONSCIENCE TRADITIONNELLE EN ITALIE  

**  Annuaire statistique de l’Eglise 2016 , Libreria Editrice Vaticana , 2018 – Voir la pages 17 à 19.

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2816
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Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! Empty Re: Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique !

Message par Gilbert Chevalier le Jeu 4 Avr - 16:36

Paix Liturgique, dans son n°683 du 19 février 2019 a écrit:

COMMENT LE MJCF A OPTÉ POUR LA MESSE TRADITIONNELLE ?
Une contribution à l’histoire liturgique récente


Le MJCF, Mouvement de la Jeunesse Catholique de France, crée en 1967 est devenu dans les années 70 du siècle dernier un élément important de la résistance aux reformes liturgiques et un acteur majeur de la défense de la liturgie traditionnelle. Nous avons demandé à Christian Marquant de nous exposer les étapes et les raisons de ce choix.


Quel était la situation liturgique en France en 1967 au moment où est né le MJCF ?

Christian MARQUANT –
Dès la fin du Concile, et même quelques années avant, la liturgie a commencé à être célébrée, au moins en France, très diversement selon les lieux et les paroisses (la réforme liturgique a commencé en 1964). Par exemple au sein du patronage de la paroisse Saint-Pierre de Montrouge où nous suivions nos activités scoutes, à partir les années 1964, la messe était dite largement en français pour toutes ses prières publiques. Mais ces premières innovations ne nous choquaient pas, car, au moins dans cette paroisse, elles étaient vécues d’une manière en rien blessante pour notre foi catholique. Nous nous mettions à genoux pendant le canon encore récité en silence par l’officiant, et bien sûr nous recevions la communion à genoux sur les lèvres. Lorsque je servais la messe matinale du curé de la même paroisse, celle-ci était semblable à celle à laquelle nous assistons aujourd’hui dans nos chapelles traditionnelles.



Le Concile n’eut il pas de conséquences immédiates ?

Le Concile Vatican II qui se termina en 1965, entraina très vite une période de grande instabilité, et de luttes entre, d’une part, les tenants du « vrai Concile » (dont faisaient partie les catholiques les plus conservateurs, car personne ne s’opposait vraiment au Concile à ce moment et la plupart des décisions de Vatican II furent approuvées in fine par les prélats les plus traditionnels, comme Mgr. Lefebvre, etc.), qui pensaient pouvoir « bien interpréter » le Concile, et d’autre part, ceux du terrifiant « esprit du Concile ». Le fait est que ces derniers semblaient plus autorisés que les premiers, qui menaient un combat d’arrière-garde : il fallait s’y faire, Vatican II n’était pas le Concile de Trente.

La situation se détériora profondément à partir de 1968, non seulement à cause de l’accélération de la réforme, que par l’addition de débordements surtout politique aux délires ecclésiaux : ce fut alors à Paris un déchainement de folie, où nous vîmes les célébrations changer du tout au tout, non seulement dans les formes de la liturgie, mais aussi à cause du bouleversement général de l’Eglise qui interférait avec le chamboulement de la liturgie. Nous avons de nombreux souvenirs de cette période, par exemple, celui des Scouts de France prirent parti pour la révolution de 68. Ou encore, l’épisode d’une veillée de prière – ce n’était pas un phénomène isolé – dans la paroisse Saint-Eloi, où l’on a magnifié Che Guevara. A cette époque, l’Office catholique du Cinéma prima Théorème, le film de Pasolini, prétendument « spirituel », mais en fait on ne peut plus charnel, et le sulfureux Catéchisme hollandais influençait la catéchèse française.


Existait-il des résistances à cette évolution ?

Il existait bien sur quelques prêtres qui ne se satisfaisaient pas de ces évolutions par exemple les membres de l’Opus sacerdotale du chanoine Catta qui, bien que réunissant de nombreux prêtres, n’était ni écouté ni respecté. En fait, la plupart des prêtres n’avaient pas été préparés à vivre de tels événements. Et s’ils en comprenaient la nocivité, ils manquaient du tempérament et du courage pour s’y opposer. Certains arrivaient cependant à aller à contre-courant. L’abbé de Nantes fut l’un des premiers, par ses Lettres et ses conférences, à rendre publique une critique de ces dérives. Je me souviens aussi de l’abbé Coache, alors curé de Montjavoult dans le diocèse de Beauvais, avec son bulletin, Le Combat de la Foi, qui remit en honneur les processions traditionnelles de la Fête-Dieu dans sa paroisse, au moment où elles disparaissaient à peu près partout. Un petit livret, qu’il rédigea avec le P. Noël Barbara, en 1968, le Vade mecum du catholique fidèle, rappelant les points essentiels concernant la messe, le catéchisme, la morale, signé par 400 prêtres, se vendit à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

A cette époque nous avions plus de proximité, via les scouts d’Europe parisiens, avec l’Alliance Saint-Michel de Bernard Prud’homme, qui interrompait des cérémonies scandaleuses, distribuait des tracts, etc.


Aviez-vous une compétence particulière pour vous commencer à vous investir ainsi dans le domaine religieux ?

Nous étions de simples fidèles catholiques qui certes avions reçu de nos parents et maîtres une solide formation catéchétique, mais sans avoir, à ce moment-là, aucune formation profonde en liturgie ou en théologie. Cependant, les excès, et les scandales qui se perpétraient devant nous justifiaient pleinement nos réactions. D’autant qu’on nous rebattait les oreilles sur le droit et même le devoir des laïcs à intervenir et à s’exprimer, cependant qu’on jetait aux orties les fameux « mandats » qui soumettaient les mouvements d’Action catholique à la hiérarchie. Nous avons saisi cette opportunité : on demandait aux laïcs de participer à la vie de l’Eglise ? Nous avons donc participé ! Et nos bons clercs se sont retrouvés en face de laïcs, parfois très jeunes, qui contestaient les orientations du Concile…au nom de l’esprit du Concile !


Comment s’est imposée la nouvelle messe ?



Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! 20190218152549_img3



Brutalement. On est passé de 1964 à 1969, en cinq ans d’un univers dans un autre. L’étape définitive a été l’entrée en vigueur, le 30 novembre 1969, c’est-à-dire le premier dimanche de l’Avent, d’un missel complètement nouveau. Chaque conférence épiscopale pouvait fixer des délais pour assurer une entrée en vigueur progressive. Mais en France les évêques l’imposèrent avec une violence morale inouïe à tous les membres du clergé en proscrivant l’ancien rite. Ceux qui voudraient se rendre compte de ce qu’a été cette violence pourraient lire avec intérêt un opuscule intitulé Face à Face, qui est la publication des échanges de correspondance entre Mgr François Ducaud–Bourget et le cardinal Marty, entre 1970 et 1977 (1). Cette violence et ce manque étonnant de charité constituèrent certainement le terreau sur lequel émergea notre attachement de plus en plus vif vis-à-vis à la messe traditionnelle.

C’était une réaction du sens de la foi : entre une messe que nous avions toujours connue et qui portait notre foi catholique et une nouvelle liturgie indigente et sur laquelle se greffaient abus et des scandales, le choix semblait simple.


Mais vous avez trouvé des éléments qui ont ensuite soutenu la réaction d’« instinct de la foi » ?



Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! 20190218152350_img2




Les voix théologiques autorisées furent nombreuses. C’est la publication, en 1970, de l’ouvrage de Louis Salleron, La nouvelle messe, aux Nouvelles éditions latines, dans la collection « Itinéraires » (2), qui nous fit comprendre avec clarté et précision le caractère véritablement révolutionnaire de cette nouvelle liturgie et les raisons de ne pas y adhérer. La lecture de ce livre constitua pour nous pendant plusieurs années une étape essentielle dans la réflexion qui nous fit évoluer vers la messe traditionnelle. Ce combat liturgique, en 1970, n’était pas encore prioritaire pour tous. Par exemple, l’assemblée des « Silencieux de l’Église », de Pierre Debray, qui se tint à Versailles les 7 et 8 novembre 1970, s’était donné pour objet la résistance au nouveau catéchisme, mais ne parlait à propos de la messe que des abus qui scandalisaient le peuple de Dieu. D’ailleurs, la messe célébrée au Palais des Congrès pour les silencieux était selon le nouvel Ordo missæ…


Cependant, vous n’aviez pas encore fait le choix de la messe traditionnelle ?

C’est vrai. Cela peut paraitre étrange aujourd’hui, mais il nous était le plus souvent impossible, à l’époque, d’assister à d’autres messes que la messe nouvelle. Il se trouvait bien ici ou là quelques prêtres résistants, mais qui souvent célébraient en cachette, parfois sans fidèles ! De fait, nous avons-nous-même continué à assister pendant plusieurs années à la nouvelle messe célébré par l’Abbé Jean-François Guérin.


Racontez-nous votre rencontre avec l’abbé Guérin ?



Un témoignage concret qui vaut le détour : merci à Paix Liturgique ! 20190218152434_img1



L’abbé Guérin qui était un peu comme le chapelain de la Cité catholique de Jean Ousset, devenue en 1963, « L'Office international des œuvres de formations civiques et d'action doctrinale selon le droit naturel et chrétien » - ouf !

Lorsqu’éclata la crise de la messe, l’abbé Jean-François Guérin, prêtre du diocèse de Tours, oblat de l’abbaye de Fontgombault, s’éloigna de cette abbaye, car elle conservait la messe traditionnelle et que lui-même pensait qu’il fallait accueillir la nouvelle liturgie avec obéissance, tout en l’« interprétant » le mieux possible. Il s’était installé à Paris comme délégué général de l’Œuvre d’Orient. Lors du congrès de Lausanne de Paques 1970, organisé par l’Office international, il participa à l’élaboration d’un compromis peu glorieux : pour éviter des censures ecclésiastiques, les offices furent tous célébrés selon divers rites orientaux.

L’abbé Guérin accepta de célébrer une messe de Paul VI en latin pour des étudiants, le mercredi, dans la chapelle des Sœurs du Bon-Secours de la rue N-D des Champs. Très vite cette messe, qui avait conservé au maximum les apparences de la liturgie traditionnelle attira tous les jeunes mal à l’aise dans les nouveautés liturgiques de la capitale.


Vous ressentez donc une dette envers l’abbé Jean-François Guérin ?

Oui, nous sommes immensément redevables à l’abbé Jean-François Guérin. Comme je l’ai dit, avant lui nous ignorions à peu près tout de la liturgie et que nous avions jusqu’alors plutôt réagit contre les nouveautés. Eh bien, rue ND des Champs, à travers un rite qui nous paraît aujourd’hui bien imparfait, nous avons pu entrevoir les trésors du culte traditionnel. Grâce en quelque sorte à la « copie », nous avons commencé à comprendre l’« original », la messe traditionnelle, à l’aimer et à la servir, avant de pouvoir vraiment la défendre. C’est l’abbé Guérin qui nous permis de nous familiariser avec le service de l’autel et le chant grégorien. C’est lui qui nous fit découvrir les richesses de la liturgie de la semaine sainte, lors de sessions en Suisse. C’est lui qui nous initia à la liturgie des Heures et à la récitation de complies du petit Office de la Sainte Vierge, qui devint une des prières les plus répandu au MJCF.


Mais l’abbé Guérin dut interrompre son apostolat parisien ?

En effet, car accepter le nouvel Ordo, mais en lui donnant toutes les apparences et surtout l’esprit de la liturgie ancienne, était insuffisant pour les autorités de l’époque. Le cardinal François Marty, archevêque de Paris, le convoqua pour lui dire son mécontentement de le voir continuer à célébrer la messe traditionnelle. Pour dire vrai, le cardinal lui reprochait surtout son insupportable succès auprès des jeunes. Devant les dénégations respectueuses de l’abbé, qui lui affirma célébrer la nouvelle messe, le cardinal s’emporta et – nous le tenons de l’abbé Guérin lui-même – lui rétorqua avec son accent rocailleux : « Ne me prenez pas pour un couillon, je sais que vous célébrez l’ancienne messe ! » L’abbé Guérin dut cesser son apostolat parisien fécond. On sait la suite. Grand directeur spirituel et éveilleur de vocations, il fonda en 1976 la Communauté Saint-Martin, accueillie par le cardinal Siri dans le diocèse de Gènes. La Communauté se verra confier des ministères en France à partir des années 80. Ses prêtres, toujours en soutane, pratiquent en paroisse une liturgie non latine, mais délibérément classique.


Quelle fut votre réaction ?

Il est paradoxal que ce cher abbé qui était un homme d’ordre, peu préparé à la résistance, se soit vu admonesté par le cardinal Marty pour ne pas avoir obéi, alors qu’il obéissait, mais pas dans l’esprit nouveau. Eh bien, c’est parce qu’il a été persécuté pour une messe moderne qui n’était pas assez moderne, que nous nous sommes tournés vers la messe ancienne. En effet, la persécution contre l’abbé Guérin nous montrait que l’intention des novateurs ne voulaient pas changer la forme, tout en gardant le fond, mais qu’ils voulaient bien changer le fond. Il s’agissait bien d’une tentative de subversion de la foi de la part de pasteurs. Voilà comment obéissant à en mourir, Jean-François Guérin nous amena à refuser d’obéir pour vivre pleinement note foi catholique.

A désobéir apparemment. Mgr Guérin est mort deux ans trop tôt, en 2005, pour savoir, par le motu proprio Summorum Pontificum de 2007, que la messe ancienne n’avait jamais été abolie. Il avait donc  obéi à une obligation inexistante. Mais il avait trop souffert de s’être ainsi contraint pour revenir à la messe traditionnelle. Avant même le texte de Benoît XVI, lorsque l’interdiction de célébrer la messe traditionnelle avait été partiellement levée, en 1984 et 1988, Jean-François Guérin n’avait pas voulu se dédire et en profiter…


C’est donc à ce moment que Le MJCF s’orienta et évolua vers une adhésion claire et nette en faveur de la liturgie traditionnelle ?

Tout à fait. Pour nous, et sans doute pour d’autres, cet épisode fut fondateur d’une décision claire en faveur de la messe traditionnelle. En effet, si pour les autorités, lorsque l’on obéissait en célébrant le Nouvel Ordo, mais d’une manière conforme à la foi de toujours, on devenait « désobéissant », c’était donc bien cette foi de toujours qui était contestée. Ainsi l’avaient compris les cardinaux Bacci et Ottaviani, comme ils l’expliquaient dans leur Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, de 1969.

C’est donc à ce moment que le MJCF s’orienta vers une nette adhésion à la liturgie traditionnelle. Si bien qu’à Noël 1974, lorsque décédèrent dramatiquement deux animatrices nationales du MJCF, ce fut la liturgie traditionnelle que nous choisîmes pour leurs funérailles, au risque d’attirer sur nous les foudres du cardinal Marty . Il ne nous fut d’ailleurs pas facile de trouver un prêtre qui acceptât de célébrer cette liturgie en public dans une église paroissiale et en présence du curé du lieu. Cependant les temps étaient en train de changer, notamment par le fait qu’en 1970, Mgr Lefebvre avait fondé son séminaire d’Ecône, où il allait commencer à ordonner ses premiers prêtres, ce qui allait modifier profondément le paysage sacerdotale français


Cette orientation fut-elle suivie par tout le MJCF ?

On peut dire que oui. Ensuite, la plupart des nombreuses vocations sacerdotales et religieuses qui émergèrent au sein du mouvement s’orientèrent vers les communautés traditionnelles naissantes, il y eut cependant quelques garçons qui crurent que – même dans les années de plomb – il était encore possible d’agir à l’intérieur au sein des églises diocésaines. Ils sont restés nos amis, même si leur choix ne permit pas le rétablissement liturgique et doctrinal qu’ils avaient souhaité.



Et maintenant ?

La semence a germé. Cette orientation prise dans les années 70 enracina des générations de militants comme défenseurs de la liturgie traditionnelle, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les combats et les œuvres structurés par cette liturgie, le pèlerinage de Chrétienté à Chartres, Renaissance Catholique, Paix Liturgique et bien sûr dans la toutes ces maisons sacerdotales et religieuses traditionnelle féminines et masculines  qui se sont développées depuis 50 ans


Que diriez-vous pour conclure ?

Je dirais qu’on peut affirmer que le MJCF n’a pas adopté la messe traditionnelle par nostalgie, ni pour des motifs esthétiques, ni par amour du latin, mais simplement parce qu’elle nous est apparue, au fur et à mesure que nous la découvrions et que nous assistions aux attaques dont elle était l’objet, comme le vecteur de notre foi Catholique

Source : https://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2814
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